Préambule aux articles des allégories

Voici une série d’article traitant du constructivisme social, soit la création/l’incorporation d’éléments non culturels regroupés ensemble pour former une nouvelle culture ou être intégrés à une culture déjà existante.  Il s’agira d’une analyse iconographique (des images ou des éléments d’une image) des allégories canadiennes présentes à l’endos des billets de la série de 1935 et de 1937 de la Banque du Canada.  Ces allégories présentent et promeuvent des valeurs et des idéaux que le gouvernement fédéral veut intégrer à la culture nationale ou inculquer à la population.  L’objectif d’une telle entreprise est d’uniformiser les aspérités culturelles du Canada et d’assimiler les éléments récalcitrants de certaines régions du Dominion.  La présentation des idéaux nationaux en allégories est une pratique exercée depuis des siècles pour personnifier des concepts abstraits ou des émotions; une allégorie, c’est donc une scène avec ou sans personnages pour représenter en concret de l’abstrait tel que le fait les regalia pour montrer concrètement quels pouvoirs et droits les monarques européens avaient sur leurs sujets (voir l’image pour des exemples de regalia).

Ainsi, le gouvernement fédéral peut aisément diffuser un message abstrait en s’assurant de la compréhension de tous, analphabètes y compris.  Bien qu’une représentation allégorique semble être une pratique élitique à nos yeux contemporains, il s’agissait d’une pratique très axée envers la diffusion d’une information pour le peuple et le bas-peuple de la même manière que l’Église catholique romaine diffusait la Bonne Nouvelle avec des représentations très iconographiques et allégoriques de ses messages.  Le peuple avait ainsi l’œil très affûté pour la compréhension d’un message via une icône puisque la majorité d’entre eux n’avaient que ce moyen pour comprendre un message puisqu’il fût un temps où ils étaient majoritairement analphabètes et parce qu’ils avaient été instruits de cette manière même avec l’alphabétisation de la population.  C’est donc avec une présentation allégorique fortement iconographique que le gouvernement du Dominion peut diffuser ses idéaux dans tout le Canada.  La conception des billets est faite par le gouvernement fédéral plutôt que par la Banque du Canada puisque cette dernière a été fondée en 1935 alors que la série unilingue de 1935 était déjà conçue et prête à être imprimée avant que la Banque soit fondée.  De style baroque, la série de 1935 et de 1937 sont de couleur monochrome.  De plus les couleurs vives et vibrantes sont dues à la présence de métaux lourds dans les couleurs.  Ainsi, la conception très classique des billets s’inscrit dans la même lignée que la culture allégorique de la Grande-Bretagne et des États-Unis d’Amérique.  La Première guerre mondiale fut un temps de bouleversement partout dans le monde et aussi au sein du Canada, ce faisant, la jeune nation cherche à se tailler une place de plus en plus importante dans la politique internationale, mais pour cela, elle devait renforcer l’appui de la population envers le gouvernement fédéral; c’est donc ainsi que la promotion d’idéaux canadiens se présente comme un atout important et pour y arriver, quoi de mieux que de définir ses valeurs via un message qui tangue entre le passé et le présent, rappelant ainsi la puissance économique et culturelle qu’est la Grande-Bretagne ainsi que la liberté et la prospérité individuelle que représentent les États-Unis d’Amérique.  Afin de se tenir près de la culture de ces grands pôles occidentaux, le Canada propose une série de sujets en lien avec ce qui est important pour sa promotion et son pouvoir à l’international.  Les sujets allégorisés (dont j’en ferai l’analyse un à un au cours des prochains mois) sont l’agriculture, le transport, l’électricité, les récoltes, les inventions modernes, le commerce et l’industrie, la fertilité et la sécurité.  Ces concepts sont d’une importance très régionale, ne faisant pas l’unanimité dans le Canada; c’est donc en allant chercher quelques aspects importants de diverses régions que le gouvernement fédéral tend à canaliser ces forces régionales en son sein rendant donc, d’une certaine manière, l’élément important de l’un, désormais, important pour tous.  C’est donc par la dérégionalisation partielle des caractéristiques économiques et sociales des différentes régions du Canada que je défendrai ma thèse du constructivisme social pancanadien lors des prochains articles à ce sujet.

 

Référence:
Banque du Canada. (2006). L’œuvre artistique dans les billets de banque canadiens. Ottawa. Canada. P.24.
Graham, R. J. (2017). A Charlton Standard Catalogue; Canadian Government Paper Money. 29em édition, The Charlton Press. Toronto. Canada. P.210 à 243
Néologisme de ma part très près du mot «régionalisation» pour expliquer l’effet inverse de cette dernière.

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