Viger, DeWitt et Cie devenu Banque du Peuple

Durant les années 1830 la province du Bas-Canada et particulièrement Montréal et ses environs sont secoués par des malaises économiques et politiques. La Banque de Montréal fondée en 1817 est la propriété d’anglophones et contrôle le commerce en grande partie entre Montréal, l’Angleterre et les États-Unis.

De leur côté les canadiens français préoccupés par les problèmes politiques amplifiés par un sens patriotique commencent à s’éveiller au secteur commercial.

En 1831 quelques francophones appuyé par des anglophones sensibles aux besoins monétaires de ces derniers tentent de fonder une banque commerciale rencontrent les désirs francophones mais pour diverses raisons dont un climat politique défavorable, le projet n’aura pas de suite.

Deux ans plus tard, soit en février 1835 les promoteurs reviennent à la charge. La création d’une banque francophone est essentielle pour permettre aux canadiens-français d’émerger sur le plan commercial. Aidé par quelques anglophones dont Benjamin Brewster, Jacob DeWitt, H.B. Smith particulièrement les Louis-Michel Viger, avocat et notaire, Charles S. Delorme, entrepreneur, Edouard R. Fabre, marchand-libraire et autres mettent en place un concept nouveau dans le domaine bancaire, soit une société en commandite nommée Viger, DeWitt & cie. Il s’agissait d’une société privée formée de deux sortes de sociétaires qui souscrivaient des fonds pour une « banque ». Il y avait les sociétaires principaux qui assumaient les dettes de la société avec droit à la gérance et les sociétaires associées dont la responsabilité se limitait à l’équivalence de leur mise avec aucun droit dans l’administration de la société. Par contre les deux catégories de sociétaires avaient droit au même dividende sur une entente de dix ans. Ceci marquera l’entrée des canadiens-français dans le domaine bancaire.

La société Viger, DeWitt & Cie avait un capital social maximum de 75 000£ soit 300 000$ fractionné en actions de 12£ 10 sh ou 50$. Dès que le tiers de ce montant aura été versé, la société pourra débuter ses opérations. Il est à noter qu’il ne fut pas nécessaire de demander à la Législature une charte bancaire en raison du caractère privé de la société et que des traites à demandes seraient tirés à la place de papier monnaie. D’ailleurs une charte bancaire dans le contexte d’époque aurait été probablement refusé devant d’éventuelles pressions politiques auprès des Législateurs.

Peu après, la société se réunit et forme le premier conseil d’administration sous la présidence de Louis-Michel Viger notaire et cousin de Louis-Joseph Papineau, on procède à l’engagement du caissier principal au nom de Pierre-Louis Letourneaux, des locaux sont loués au 29, rue Saint-François-Xavier dans le vieux Montréal et des billets sous forme de traites sont commandés à New York en coupures de 1$, 2$, 5$ et 10$.

L’ouverture de la dite société se fait le 11 juillet 1835 avec l’appui de plusieurs sympathisants francophones malgré les violentes critiques et d’un boycottage de ses ennemis qui l’accusaient de préparer le financement des rebelles politiques. En 1837 la société fait frapper des jetons sous le nom de Banque du Peuple telle que les autres banques afin de pallier à la pénurie de numéraire. Au moment des troubles politiques, la société suspend temporairement ses activités comme ce sera le cas pour les banques. Le président Viger est accusé de prendre une part active aux troubles politiques. De son côté, M. DeWitt, vice-président concentre ses efforts pour sauvegarder l’institution et qui reprend ses activités peu après. En mai 1839, quelques chiffres de son bilan annuel sont publiés dans les journaux de l’époque : Capital souscrit : 119 187£ dont 88 000£ versé, le montant ds traites en circulation dépasse les 60 000£ les dépôts acceptés donnent 74 500£ pour des actifs de 166 400£. Le dividende versé se compare aux autres institutions bancaires, soit dans l’ordre de 7 à 8%.

En 1843 l’entente de dix ans fixée au moment de la fondation s’achève et le conseil d’administration de la société demande au Parlement une incorporation bancaire sous le nom Banque du Peuple qui leur sera accordée en mai 1844. Elle pourra opérer sur les mêmes bases que ses rivales telles que la Banque de la Cité et la Banque de Montréal. Une réorganisation s’en suivit et l’ouverture de la Banque du Peuple sur le plan juridique fut fixée officiellement au 1er mai 1845.

La banque connait des succès immédiats et les administrateurs décident de procéder à l’achat de l’ancien édifice de la Banque de Montréal en 1847 au prix de 46 000$ afin d’y établir un siège social permanent à l’institution. La Banque du Peuple continua son ascension et acquit une grande renommée grâce à une prudence qu’elle exerça dans ses prêts et ses placements. Elle continua à favoriser les investissements anglophones désireux d’investir dans cette institution qui par sa prudence l’empêcha d’empocher des gains plus qu’intéressants. Si bien qu’en 1871 les 2/3 de ses actions étaient la propriété d’anglophones. Elle était devenu la 5e banque en importance au pays sur les 34 banques en opération. À la même époque, elle trouve et vend son édifice au Gouvernement Fédéral pour 100 000$ et elle achète un terrain et fait ériger un nouvel édifice de 40 000$ de l’autre côté de la Place d’Armes voisin de Life Association of Scotland et qu’elle occupera en 1872.

Survient la crise économique des années 1875-1880 qui lui fait perdre l’argent de certains prêts mais elle réussira contrairement à plusieurs autres banques, a verser des dividendes de l’ordre de 4 à 6% à ses actionnaires. La banque avait des règlements différents des autres institutions bancaires car les administrateurs étaient responsables des dettes de la banque contrairement à ses rivales qui limitaient les pertes au double de leurs actions. Donc en raison de cette clause, la Banque du Peuple conserva dans l’administration de ses affaires un esprit très conservateur et elle ne fut pas tentée par des spéculations risquées.

Durant la décade des années 1880 – 1890, la banque adopte une politique beaucoup plus libérale et accroît du coup ses opérations d’une façon dynamique. En 1885 à l’occasion de son 50e anniversaire de son histoire, elle ne peut verser pour la première fois un dividende à ses actionnaires, résultats d’une période d’un marasme économique dû à un climat peu rassurant et à des spéculations de certains courtiers qui donnent les premières craintes pour l’avenir de la banque. On doit prendre des mesures énergiques en réduisant le capital versé des actionnaire de 25% et l’appliquer pour éliminer de mauvaises dettes et pour recommencer un nouveau fonds de réserves. Les premiers signes de mécontentements des actionnaires apparaissent. En raison de ses règlements, les administrateurs ne sont pas obligés d’élaborer au grand jour leurs affaires, leurs décisions. Par contre les directeurs jouissant d’une compétence, donne un nouvel élan à la banque et pour la première fois, on procède à l’ouverture de succursales à Québec, à Trois-Rivières et à St-Rémi de Napierville. En 1887 avec le président Jacques Grenier et le directeur général Boursquet, la banque avait pris beaucoup d’expansion. L’actif s’était accrut de 190% et les dépôts du double. D’autres succursales sont ouvertes ailleurs en province. Le succès apparaît très grand. La banque se paye un nouvel édifice imposant en 1893 en achetant deux édifices voisins et le fait agrandir avec une nouvelle façade qu’elle occupera en 1894.

Soudain on apprend que le directeur général Boursquet démissionne au printemps 1895. Des prêts qu’il a accordés avec peu de garanties totalisent 1 500 000$ et sans le consentement des administrateurs. On apprend qu’il s’est enfuit vers les États-Unis dans le but d’éviter des poursuites éventuelles. Ce geste provoque une ruée aux guichets de la banque où les déposants retirent leurs argents. Entre juin et juillet 1895, une somme de 2 000 000$ est retirée. Les autres banques viennent en aide mais en vain.

La Banque du Peuple dût fermer ses portes le 17 juillet 1895. Un comité fut aussitôt formé de représentants du Gouvernement et des banques pour étudier l’affaire. La recommandation du comité fut tout simplement de liquider les affaires. Les raisons invoquées furent nombreuses mais particulièrement les prêts effectués dépendant trop de la section des dépôts à court terme, les prêts risqués trop nombreux. En somme ce fut une mauvaise gestion et un manque de surveillance de la part des administrateurs.

Le papier-monnaie de la banque en circulation fut remboursé et les déposants reçurent que 75% de leurs dépôts. De plus certains administrateurs furent ruinés pendant que les actionnaires perdent leurs actions.

En résumé, la Banque du Peuple marqua l’entrée des canadiens-français dans le monde bancaire. Elle était née d’inspirations politiques, patriotique et commerciales. Elle répondit aux besoins de son temps mais autant elle fut conservatrice dans ses politiques durant les 50 premières années, autant elle échoua dans ses politiques durant ses dix dernières années.

Billet de 5 piastres de la Banque du Peuple, 1839.
Source : Wikipédia

Jeton Thomas Storrow Brown connu sous T.S. Brown ou Jeton à Tommy (Breton 561)

Ce jeton de cuivre fut frappé a Birmingham, Angleterre. Il fut émis en 1832 pour la quincaillerie Brown, situé à Montréal. Il fut très populaire à un moment où la petite monnaie locale était insuffisante.

Ce jeton est fait de cuivre et possède un axe de rotation « médaille ».  Il mesure entre 27.9 et 28.3 mm.  Sa tranche peut être unie (plain) ou striée (reeded).

Avers : outils : faux, bêche, enclume, marteau, tenaille

 

Revers : T.S.BROWN & Co / Importers / Of / Hardwares / Montreal

 

M. Brown naquit au Nouveau-Brunswick en 1803. En 1818, il vient à Montréal où il travaille à la quincaillerie J.T. Barret. Quelques années plus tard soit en 1825, il ouvre sa quincaillerie qui devient l’une des plus achalandée de la ville.

M. Brown fut très actif dans plusieurs sphères.  Il participa à la fondation du journal « Vindicator » où il contribua par des testes d’actualités parfois politiques.  Un des promoteurs de la Banque de la Cité en 1833, un des premiers administrateurs de la Banque du Peuple en 1835.

M. Brown se montra sympathique à Louis-Joseph Papineau, chef des Patriotes au Bas-Canada et il entra comme membre des Fils de la Liberté, mouvement révolutionnaires contre le régime en place.

En novembre 1837, il commande les patriotes à Saint-Charles où il sera défait.  Il se dirigera alors à St-Denis où il s’unit au Docteur Nelson pour remporter une victoire contre l’armée anglaise.

Sa tête fut mise à prix et il s’enfuit aux États-Unis où il fut journaliste en Floride.  L’Amnistie pour les révolutionnaires fut proclamée en 1844 et M. Brown revient au pays.

Il s’occupa d’affaires publiques et il fut président d’une commission gouvernementale au département des affaires publiques.  Il travailla comme bénévole pour le Mouvement de la Tempérance.

Il continua à écrire et il rédigea une histoire sur les chemins de fer Grand Tronc.  M. Brown décéda à Montréal en 1888.

 

Note : Les images proviennent de icollector.com et de Wikipédia.

 

Banque de Québec 1818 – 1917

Au début de l’année 1818 des marchands et autres citoyens de Québec se réunissent à l’Hôtel Union afin de jeter les bases pour une banque commerciale en vue d’accommoder les commerçants et autres éventuels clients de Québec et de la région.  Par ce geste ces personnes imitent des citoyens de Montréal qui viennent de fonder une banque commerciale, soit la Banque de Montréal.

Parmi les promoteurs québécois notons : John W. Woolsey, James McCallum, John Jones, père et fils, Joseph Jones, William Price, François Languedoc, Philippe-Aubert de Gaspé, Charles Smith, John Goudie, Louis Massue, Jean Langevin et Henry Black.  Un projet d’association comprenant 25 articles est rédigé puis présenté à l’Assemblée Législative en 1818 afin d’obtenir une incorporation qui sera identifiée par une charte sous le nom de Banque de Québec.  Les promoteurs assurés d’obtenir leur document, redoublent d’ardeur dans leur projet en raison d’une rumeur sur la venue prochaine d’une agence de la Banque de Montréal dans la ville.  Les buts immédiats de la banque seront d’accepter des dépôts, négocier des lettres de change, de l’or ou de l’argent en barre et de vendre des effets ou des marchandises réellement engagés par des prêts.

On procède à l’engagement de Noah Freer, ancien secrétaire militaire, au poste de caissier et profitent de l’occasion afin d’ouvrir les registres de souscriptions au capital dès le 16 février 1818 dans les villes de Québec et de Montréal.  Au moment de la souscription, l’actionnaire donnait un premier 5% comme dépôt puis s’engageait à verser par tranches de 10% le restant de sa mise après un avis du bureau d’administration.  Dès que la somme de 3000 £ fut déposée, une assemblée des actionnaires fut convoquée pour le 7 septembre 1818 où seront approuvées les mesures prises par les administrateurs provisoires et pour procéder à la formation du premier conseil d’administration qui aura pour but de finaliser le projet et ouvrir la banque dans les mois suivants.  Un local fut loué dans un édifice de la rue Sault-au-Matelot et le papier-monnaie fut commandé en coupures de 3$ et de 10$ chez l’imprimeur Neilson, de Québec.  Il est à noter que quatre canadiens-français firent partie de ce premier conseil, ce qui démontra assez bien la représentation francophone en sein du conseil entre 1818 et 1837.  Par la suite de 1838 à 1917, cette représentation sera réduite à un seul membre.

Les derniers préparatifs complétés, la Banque de Québec ouvrit ses portes en octobre 1818 sans avoir obtenu l’incorporation demandée et qui arrivera que quelques mois plus tard et enfin la charte provinciale en 1822.  Il y avait déjà trois mois que l’agence de la Banque de Montréal opérait dans la ville.

Le projet d’incorporation mentionnait un capital autorisé de 100 000 £ mais pour les débuts, on se contenta d’un montant en capital versé beaucoup plus modeste.

Durant les premières années, les résultats furent satisfaisants et les directeurs conservèrent confiance en l’avenir.  En 1822 ou 1823, la banque doit déménager dans un autre édifice, soit celui de la Cie d’Assurance Feu de Québec, rue St-Pierre.  Le capital versé de la banque atteint les 51 000 £ et les actifs dépassent les 150 000 £ durant l’année 1824.  Le dividende versé se chiffre entre 6% et 7%.  Malgré tout, la banque de Québec demeure fragile et les crises ou perturbations économiques de différentes époques lui compliquent l’existence comme ce fut le cas entre 1834 et 1837 alors que le dividende est supprimé.  Les troubles politiques amenèrent même sa fermeture durant quelques semaines.  Malgré son caractère anglophone, la banque venait d’émettre du papier-monnaie en coupures de 12, 25 et 50 sous rédigé exclusivement en français et des jetons de cuivre aux valeurs de halfpenny et penny datés de 1837 et elle répétera l’expérience en 1852 avec d’autres jetons afin de pallier au manque de numéraire.  Les principaux actionnaires sont : Major Général Sir J.F. Fitzgerald, capitaine R.N. Bayfield, Moses Hart, Louis Fortier, Docteur Thomas Fargues, Charles Smith, la succession Jean Fortier, la Cie d’Assurance Feu de Québec et la Banque d’Épargnes de Québec.  En 1841, le capital versé atteint les 75 000 £ et augmentera graduellement pour atteindre le montant maximum de 100 000 £ en 1845.

 

Peu après la Banque de Québec connaîtra sa première ascension importante.  Les premières succursales sont ouverts aux Trois-Rivières, Qué. en 1853 puis à Toronto, Ont. l’année suivante.  À mesure que le besoin se fait sentir, le capital autorisé augmente et la charte obtenue en 1822, se renouvelle à tous les dix ans.  L’unité monétaire du pays devient officiellement « dollar » le 1er janvier 1858 bien qu’on la mentionnait depuis 1851.  Les chiffres du bilan de la banque sont alors de 991 530$ au chapitre du capital versé, 584 357$ de papier-monnaie en circulation, 375 000$ en dépôts acceptés pour des actifs & passifs de 2 200 000$.

En 1861 les administrateurs de la banque font l’achat d’une propriété de Henry Atkinson, angle des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre afin d’ériger leur propre édifice.  Ce terrain est agrandi par un deuxième achat de terrain, propriété du Gouvernement.  L’édifice projeté coûtera 46 000$ et sera exécuté d’après les plans de l’architecte Staveley, de Québec.  Durant la même année, on acquiert la Banque d’Épargnes de Québec, fondée en 1821 et qui donnera à la banque de nouveaux capitaux disponibles.

En 1868 à l’occasion de son 50e anniversaire de fondation, la Banque de Québec qui occupe depuis quelques années son nouvel édifice, possède près de 1 500 000$ comme capital versé, des dépôts au même montant pour des actifs de 3 400 000$ répartis dans ses sept bureaux dont six succursales.

La Banque de Québec prend beaucoup d’expansion dans les années qui suivent mais en 1875 sa progression est arrêtée par la crise financière.  Elle connait de graves difficultés et elle éprouve des pertes importantes entre 1876 et 1879 alors qu’elle doit puiser dans un fonds de réserve afin d’éponger des pertes.  Grâce à son capital, ses fonds et à son prestige déjà acquis, elle réussit à passer à travers de cette difficile période.

En 1885 s’amorce un développement industriel au pays, l’immigration vers l’ouest du pays, amènent la Banque de Québec à adopter une politique d’expansion dans cette direction du pays alors que la compétition bancaire devient de plus en plus forte au Québec et en Ontario.  Ses principales opérations regroupées dans le marché du bois, la construction maritime et les chemins de fer, se tournent maintenant vers de nouveaux domaines industriels et commerciaux.  La banque maintenait sa solide réputation grâce à ses clients et à ses actionnaires dont les principaux étaient : Sir Narcisse-F. Belleau, J.W. Henry, G.R. Renfrew, F. W. Ross, H. A. Ross, Charles Brochu, les successions C.-F. Langevin et James Hunt, la Cie d’Assurance Feu de Québec, la Corporation de la Cité de Québec en plus des autres importants actionnaires des Trois-Rivières, de Montréal et même d’Écosse et d’Angleterre.

Au début du 20e siècle, la banque possède un capital versé de 2 500 000$, secondé par un fonds de réserve de 700 000$, des dépôts approchant les 7 000 000$, des billets en circulation pour 1 500 000$ pour des actifs & passifs de 12 000 000$.  Le dividende se stabilise à 6%.  Ces chiffres sont légèrement supérieurs à ceux de sa rivale québécoise : la Banque d’Union du Canada alors que par contre la Banque de Québec possédait moins de succursales.  La banque voit au bien-être de son personnel et elle fonde en 1902 le fonds de pension à ses employés.  La banque se compare avantageusement à plusieurs autres institutions bancaires de sa classe.  Son papier-monnaie fut renouvelé régulièrement par les firmes British American Bank Co. puis American Bank Note Co. et à l’occasion du 3e centenaire de la fondation de la ville de Québec, elle émit certainement ses plus beaux billets en coupures de 10$ et de 20$.  Plus de 50 bureaux sont en opération dont un à Vancouver, C.B.  En 1912 les administrateurs voyant que le centre des affaires se dirige vers l’Ontario, décident de déplacer le siège social de la banque un peu plus vers l’ouest, soit à Montréal mais les assemblées générales annuelles continueront à se tenir dans la vieille capitale.

La guerre mondiale de 1914-18 amène une activité sans précédent au pays et au Québec.  L’industrie continue à se développer et les industriels doivent recourir aux banques et autres institutions pour financer leurs lourds investissement.  Les banques s’en ressentent et la Banque de Québec retire sa part.  Par contre, le gouvernement canadien impose des nouvelles taxes aux institutions financières afin de défrayer une partie des dépenses militaires.

C’est également la période où le « big five » bancaire prendre forme et qui fera disparaitre à peu près toutes les petites banques à caractère régional.  Certaines banques de ce groupe liquident tout simplement leurs activités tandis que d’autres s’intégreront aux banques les plus fortes.

En 1917 après plusieurs mois de réflexions, les administrateurs des banques concernées, soit la Banque de Québec et la Banque Royale du Canada, annoncent que les deux institutions se fusionnent suite aux consentement des actionnaires concernés et du Parlement canadien.

À ce moment la Banque de Québec avait un capital versé de 2 700 000$, un fonds de réserve de 1 000 000$, plus de 14 000 000$ en dépôts pour des actifs & passifs de près de 21 000 000$ à l’aube de son centenaire.

 

Consulter l’article Collection d’items de la Banque de Québec pour visualiser plusieurs articles relatifs à la Banque de Québec.

 

Biblio. :

Procès verbaux annuels de la Banque de Québec 1837-1916

Journal « Gazette de Québec » 1818-1837

Statuts du Parlement du Bas-Canada 1835

Bulletin de Recherches Historiques Vol. 44 P.-G. Roy

Journal « Montreal Daily Star » 30 mars 1893

The Shareholder, Montreal 1893

Standard Catalogue of Canadian Coins Tokens and Paper Money , by J. E. Charlton 1980

 

Histoire de la traverse Québec-Lévis et du jeton Lauzon

Aujourd’hui lorsque nous avons besoin de traverser à Lévis, on peut y aller en auto par les ponts ou utiliser les traversiers.  On fait le trajet dans quelques minutes.  Avez-vous déjà pensé aux misères et aux traversées dangereuses d’autrefois?

Aux siècles derniers, le seul moyen disponible était le canot.  Les canotiers qui exerçaient ce métier dangereux mettaient en péril leur vie et celle des autres.  Il suffit de penser aux vents, aux courants, aux vagues et même les glaces parfois qui descendaient le fleuve.  Il fallait une bravoure extraordinaire, une habilité certaine pour réussir de tels exploits.

En 1817 le progrès fit de grands pas avec la mise en place d’une première barque à vapeur entre les deux rives.  Avant d’en parler, voici un bref historique de la construction maritime à Québec.

C’est à l’intentant Jean Talon que nous devons la construction maritime.  En effet la construction des premiers navires qui surgirent de nos chantiers, remonte au régime français.  Une grande activité où résonnèrent les bruits des marteaux et le crissement des poulies.

Sous le régime anglais cette activité économique se continue et le commerce prend de plus en plus de la place dans nos activités quotidiennes.  En 1816 des marchands de Québec, de Montréal qui avaient des succursales de leur commerce dans la ville et d’autres citoyens de la pointe de Lévis formèrent une société dans le but de construire un vaisseau à vapeur pour transporter des denrées, des animaux, des voitures et autres objets entre le port de Québec et la rive sud, face à Québec.

Un spécialiste en construction maritimes, John Goudie est chargé de se rendre à New-York afin d’aller visiter les vaisseaux à vapeur et dresser des plans pour le futur vapeur qui sera en service entre Québec et Lévis.  En retour Monsieur Goudie s’engage à fournir sur ses terrains et grèves de la paroisse de St-Roch une place convenable au prix de 75 Louis pour la construction du vapeur.

À l’automne 1816, la construction du navire débute sur les chantiers de M. Goudie près du pont Dorcherter.  L’engin et l’appareil nécessaire pour mouvoir le bateau sont confiés à un autre spécialiste, John Caldwell.  En septembre 1817, le vaisseau est lancé.

Source de la photo http://saint-roch.blogspot.ca/p/les-organisations-de-defense-ouvrieres.html

 

Dans la Gazette de Québec du 2 octobre 1817, on relate la cérémonie.

Dimanche dernier au matin fut lancé au chantier de M Goudie, le beau streamboat Lauzon de 310 tonneaux.  Ses mouvements ont la force de 28 chevaux.  Ayant été lancé lorsque la mer était basse, il s’échoua sur un banc de sable dans la rivière Saint-Charles mais il s’en retira sans avarie à la marée suivante.

Ce petit accident priva quelques messieurs qui y ont quelques intérêts, de faire immédiatement un tour sur ce bateau ainsi qu’ils l’étaient proposé.  Cependant hier, ils montèrent, descendirent et traversèrent le fleuve.

En montant, le bateau eut à opposer un vent fort et une mer forte.  Il alla cependant avec la plus grande facilité dans toutes les directions.  Ses mouvements furent très bien exécutés et il n’y a point de doute qu’il répondra parfaitement au but de sa construction qui sera de naviguer entre le quai de M. Goudie à la basse ville et au quai de Pointe Lévis.  Pour cela, il y a un gouvernail à chacun des bouts, par le moyen desquels, en arrêtant son mouvement de l’avant, on peut le faire aller dans une direction opposée sans revirer.

L’article du journal est explicite, cependant ce n’est qu’au printemps de 1818 que le Lauzon commencera ses traversées régulières.

La barque à vapeur comme on l’appelait maintenant, rendit de fiers services dès sa première année d’opération.  On afficha sur les quais, les heures de départ pour les deux rives et l’on pris soin de garder à bord une pendule que l’on réglait sur l’heure de la ville afin qu’il n’y eut aucun retard.  Deux minutes avant chaque départ, on sonnait le cor afin d’avertir les retardataires.  La traversée prenait de 10 à 15 minutes dépendant des conditions de la mer.

La compagnie, propriétaire du bateau fit frapper en 1821 une pièce nommée jeton en plomb d’une dimension de 25 mm. afin d’éliminer le paiement en argent.  Ces pièces étaient vendues sur les quais et activait le service de la traversée.  L’avers de la pièce illustrait le navire avec son nom et la date 1821 alors qu’au revers l’inscription se lisait : Bon pour huits sols/ Four/pense/token.  Ce jeton est catalogué dans le volume de Pierre-Napoléon Breton au numéro 560 et il est considéré comme rare.

 

En plus de son utilisé commerciale, il est facile d’imaginer que le « Lauzon » eut son petit succès de curiosité car les 3/4 des gens de la ville, n’avaient jamais mis les pieds sur l’autre rive.  Non seulement on voulut visiter la place d’en face mais les plus pauvres firent des économies afin de pouvoir le dimanche se payer le luxe d’une charmante excursion sur le fleuve.

Le premier capitaine fut Michel Lecours dit Barras.  Il se devait de connaitre et d’étudier la force de la vapeur, calculer la vitesse des vents et des courants, surveille les mouvements de son navire afin qu’il n’aille pas se briser sur les quais.  Parfois la communication entre le capitaine et l’ingénieur se faisait difficilement et le bateau récolta quelques bosses énormes sur ses côtés.  Si l’ingénieur stoppait le mécanisme trop tôt, le courant emportait le bateau loin du port avant qu’il puisse remettre l’engin en marche pour aborder le quai avec quelques longues minutes de retard.

Les canotiers de leur côté, regardaient le navice à vapeur comme une sérieuse entrave à leur gagne pain et qualifiaient le bâtiment de « chiennes d’inventions anglaises ».

Également des passagers fortement intéressés par le fonctionement du mécanisme et qui voulaient à tout prix voir tourner l’hélice, se penchaient dangereusement et quelques uns d’entre eux prirent des bains forcés.  Il eut même une noyade et les propriétaires furent forcés d’exercer une surveillance plus étroite.

La traverse eut quelques propriétaires.  En 1824, James McKenzie l’acheta et fit mettre sur les jetons une contremarque « J.McK » puis celle de son associé « J.T » pour John Thompson que vous voyez ici.  Le vapeur « Lauzon » accomplit loyalement sa mission durant 16 ans.  Fatigué, meurtri par les chocs répétés, couvert de blessures sur les côtés, il sombra dans l’anse de Wolfe à l’été 1833.  Il fut renfloué mais il n’était plus en mesure de rendre service.

 

Contremarque de James McKenzie

Contremarque de John Thompson

 

Biblio.: Résumé d’une causerie de Mme Reine Malouin, reproduite dans le bulletin « Quebecensia » numéro de mars-avril 1990.

Les photos des jetons proviennent du site d’enchère www.icollector.com

Dollar canadien J.O.P

Lorsque l’on parle de dollar en argent, c’est une pièce impressionnante et depuis très longtemps les Canadiens désiraient obtenir de telles pièces.  L’Angleterre avait son Crown, la France avait eu son 5 francs durant plus de 80 ans, les États-Unis avait eu le Morgan dollar et maintenant son Peace dollar.

Le Canada tente d’obtenir une telle pièce en argent une première fois en 1911 mais le projet n’aura pas de suite même si quelques spécimens rarissimes furent fabriqués.  Vingt-quatre ans plus tard le dollar tant désiré arrive enfin en circulation soit en 1935.

Auparavant j’aimerais vous situer dans les contextes économique et social de l’époque.  Des signes avant coureur d’une deuxième guerre mondiale apparaissaient en Allemagne avec la montée du nazisme.  Au Canada le premier ministre Richard Bennett annonce des nouvelles réformes : une réduction d’heures de travail pour certains travailleurs, un salaire minimum en force et un système d’assurance pour les travailleurs en chômage, signes bien évident que le pays est en plein dépression.  Quelques mois plus tard Bennett sera battu à l’élection générale par William Mackenzie King.

L’année 1935 est également marquée par le 25e anniversaire du règne du Roi George V et de la reine Marie au trône d’Angleterre.  Au Canada, on se doit de souligner l’événement.  Le ministère des postes émet un magnifique timbre-poste rouge de 3 cents au début de mai, de son côté la Banque du Canada émet un papier monnaie d’une valeur de 25$, alors que la Monnaie Royale du Canada profite de l’occasion pour émettre un dollar d’argent.  Il avait été dessiné du côté de l’avers par Percy Metcalfe puis au revers par Emanuel Hahn.  Malheureusement quelques mois plus tard le roi décède d’une bronchite.

À cette période des dollars de 1935 arrivent en circulation avec les initiales poinçonnées J.O.P. sur le revers entre le canot et la date.  D’où venait ces dollars et qui désignaient-ils?

Un historien numismate : Larry Gingras de Vancouver donnera la réponse dans le bulletin de l’A.C.N. en septembre 1959.  Les poinçons sont ceux de Joseph-Oliva Patenaude, bijoutier de Nelson, C-B. mais il faut remonté vers 1920 pour connaitre toute l’histoire.

Un dénommé French travaillait en Colombie-Britannique depuis quelques années à mettre au point un procédé de raffinage de l’argent à des coûts plus bas que ceux qu’ils existaient à l’époque.  M. Patenaude accompagné de quelques autres citoyens de la province aidèrent financièrement au projet de M. French particulièrement où les premières rumeurs annonçaient l’arrivée des dollars d’argent.  Tous croyaient que l’utilisation de l’argent pour ces grosses pièces serait avantageux pour leurs placements mais malheureusement le projet sera contesté devant la Cour.  Monsieur French dut abandonner ses recherches devant une ordonnance de la Cour.  Monsieur Patenaude et les autres amis verront leur rêve s’envoler en fumée et devront assumer des pertes.  M. Patenaude sera même obligé de vendre quelques propriétés pour rencontrer des obligations.

Dès que les dollars de l’année 1935 arrivèrent en circulation, M. Patenaude s’en procura 1000 exemplaires sur lesquelles il fit graver ses initiales sur le revers entre le canot et la date avant de les distribuer à des amis et à des clients privilégiés de sa bijouterie afin de protester contre la décision contre le projet de M. French.  Monsieur Patenaude continua son stratagème sur d’autres dollars durant les années suivantes.

Il est certain que le Gouvernement du pays et la Monnaie Royale du Canada n’apprécièrent pas la détérioration des pièces.  Ils demandèrent aux banques locales de surveiller les agissements de Monsieur Patenaude et de retirer de la circulation les fameux dollars à mesure qu’ils étaient présentés à leurs guichets.  Ce dernier conservera sa bijouterie à Nelson, C-B. jusqu’en 1950 alors qu’il décédera en 1956 à l’âge de 85 ans.

Il semble que peu de pièces ont circulé selon la firme ICCS qui fournit des expertises sur des monnaies canadiennes.  Dans le Canadian Coins News du 13 novembre 2001 la firme mentionne que durant les années 1986 à 2000, ils avaient manipulés près de 10 000 pièces de dollars datée de 1935 à 1950 et que seulement 41 exemplaires J.O.P. avaient été aperçues.  Donc on peut affirmer que les dollars J.O.P. ne sont pas faciles à trouver.  J’aimerais ajouter que d’autres dollars ont été marqués par d’autres initiales depuis.  Notons des Dollars commémoratifs du Manitoba de l’année 1970 avec les initiales et dates G.A.N. / 1918-1970 sur l’avers sous le menton de la Reine.  Selon Stephan E.Dushnick dans son volume « Silver & Nickel Dollars of Canada », ce dernier mentionne que c’est un membre de la communauté arab de Vancouvert qui fit graver ces initiales et les dates pour souligner le décès de Gamal Abdel Nasser, président d’Égype décédé en 1970.  Du même pays, certains mentionnent que le roi Farouk aurait possédé un exemplaire du dollar de l’année 1911 dans sa collection.  Ce dollar aurait passé par la suite entre les mains de certains collectionneurs dont le millionnaire John L. Mackay-Clements, de Haileybury, Ont. et qui fut vendu par la suite en 1976 lors d’une vente à l’encan.

Lien intéressant : http://www.afko.ca/marionnettes-geantes-projet-2014-2015/joseph-oliva-patenaude/

Provenances des images

Canada dollar 1911 :  www.1911dollar.com

Morgan : https://coinvalues.com/morgan-silver-dollar/1888

5 Francs : http://acbon.pagesperso-orange.fr/u7_franc_10_cts.htm

25$ Canada 1935 : https://www.jandm.com/script/getitem.asp?CID=11&PID=148

La pièce de 20 cents de la Province du Canada

L’arrivée de la pièce de 20 cents en 1858 fut un échec.  Aujourd’hui cette monnaie impressionne mais elle le fut beaucoup moins au moment de sa sortie.  Elle attire maintenant les collectionneurs en raison de sa dénomination exceptionnelle mais que s’est-il passé depuis?  Avant de vous dévoiler quelques brides de son histoire, situons-nous dans le contexte de l’époque.  Les chemins de fer sont nouveaux, les locomotives à vapeur commencent à sillonner les campagnes pour établir un lien avec les principales villes du pays.  La course pour trouver de l’or s’effectue en direction de l’ouest de l’Amérique où bien des gens espèrent en trouver de grandes quantités.  Un journal de la Colombie-Britannique prêche l’annexion de cette colonie avec les États-Unis et près de 800 000 émigrants sont arrivés sur le territoire canadien durant les 40 dernières années.  Inutile de vous mentionner que ce fut une période de grandes transitions.

Durant les années 1850 la Province du Canada comprenait les territoires du Québec et l’Ontario et elle n’avait pas encore sa propre monnaie.  On se contentait des pièces étrangères comme celles des États-Unis, de l’Angleterre, de l’Espagne et autres sans oublier les nombreux jetons anglais et locaux.  La conversion de toutes ces pièces amenait un problème de calcul pour plusieurs et les Canadiens désiraient maintenant une unité monétaire identifiée à eux.  Bientôt d’autres colonies de l’Amérique manifesteront le même désir.

Image provenant de www.herodote.net

En juin 1851 les colonies du nord de l’Amérique se regroupent afin de faire pression sur l’Angleterre pour obtenir une unité monétaire en dollar.  Il s’agissait de la Province du Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.  Peu après l’Angleterre répond qu’elle est prête à donner suite à la demande mais avec un système axé autour de la livre sterling.  Ce n’est pas au goût des Canadiens car ici en Amérique en raison de la proximité des États-Unis et du commerce effectué avec eux, on désire aussi le dollar.

Vers 1855 afin de faire pression et d’accélérer la solution, la Province du Canada adopte une loi pour force les grandes institutions commerciales comme les institutions bancaires et les compagnies d’assurances à tenir simultanément une comptabilité dans leurs volumes avec les systèmes canadien et anglais.

Près de cinq ans plus tard après des discussions parfois très vives, une entente survient et le dollar devient l’unité monétaire pour la Province du Canada et pour les autres colonies de l’Amérique qui le désirait (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve et l’Ile du Prince Edouard).  La valeur du futur dollar de la Province du Canada sera fixée au pair avec les États-Unis.  Il est à mentionner que la livre anglaise équivalait à 5$ canadiens mais l’ancienne unité anglaise utilisée dans les colonies d’Amérique identifiée « Cours d’Halifax » équivalait à 20% de moins soir à 4$.  Voilà pourquoi les 4$ en sein de notre ancien papier-monnaie bancaire et du 20 cents au lieu du 25 cents.

Photo provenant de www.canadacurrency.com

La livre anglaise contenait 20 pièces de shilling équivalaient à nos pièces de 25 cents tandis que la livre anglaise « cours d’Halifax » contenait toujours 20 pièces mais équivalent à 20 cents.  Lorsque les premières monnaies furent frappées en Angleterre en 1858 pour la colonie, on reçut des pièces d’un cent, de 5 cents, de 10 cents et de 20 cents.  Un problème survint avec le 20 cents (750 000 pièces) qui était d’une dimension presque semblable au 25 cents américain et au shilling anglais mais d’une valeur moindre.

Les Canadiens pour diverses raisons avaient l’impression d’en avoir moins pour leur agent face aux pièces anglaises et américaines qui circulaient en grand nombre au Canada.  De plus pour plusieurs Canadiens de l’ancien Bas-Canada, l’effigie de la Reine Victoria sur l’avers des pièces n’était pas encore très populaire suite aux événements de 1837-1838.  Ayant l’intention de faire accepter les pièces par la population, le Gouvernement local fit de nombres efforts pour empêcher les monnaies américaines de circuler au pays.  Des courtiers furent engagés et recevaient une commission de 5% à 6% pour ramasser les pièces américaines afin de les retourner aux États-Unis (près de cinq millions de dollars furent retournés sur une période de quelques années).  De son côté, le Ministère des Postes en 1863 accepta le 25 cents américain qu’à une valeur de 23 cents et le shilling anglais à une valeur de 24 cents pour aider à solutionner le problème.

Ce sera qu’en 1870 que le problème sera résolu pour de bon avec une nouvelle émission de pièces canadiennes de 25 cents, imitant celle des États-Unis.  Pourtant les pièces de 20 cents étaient très belles tant sur l’avers que le revers.  Elles avaient été dessinées par Léonard C. Wyon et plus de 500 000 de ces pièces furent retournées à Londres vers 1885 pour la refonte.

Un fait cocasse est survenu peu avant.  Un ensemble unique de deux pièces (avers & revers) dans un magnifique coffret avait été présenté à la reine Victoria au moment de son émission mais il semble que la reine n’était pas numismate car en 1881 on retrouve l’ensemble en vente dans une firme spécialisée à Londres.

De nos jours la pièce de 20 cents n’est pas très rare mais sa demande au sein des collectionneurs est forte et sa valeur est plus élevée que d’autres pièces dont le tirage peut se comparer.  J’aimerais ajouter que le Nouveau-Brunswick a émis des pièces de 20 cents en 1862 et en 1864 et Terre-neuve entre les années 1865 et 1912.

Photo provenant de www.icollector.com

 

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Le petit 5 cents en argent 1921

 

L’après guerre au Canada en 1918 amènera divers changements sur les plans monétaire et numismatique.  Mentionnons particulièrement la disparition de la grosse cent pour un format plus petit alors que dans une direction opposée, le petit 5 cents en argent sera remplacé par un gros cinq cents en nickel.

Jetons un coup d’œil sur l’actualité de l’époque avant de parler de ces changements.  Un nouveau parti politique « Progressiste National » est fondé par des agriculteurs ontariens et fait face aux Libéraux de Mackenzie King à Ottawa avant d’être battu à l’élection générale.  En cette occasion, une première femme, Agnès Macphail est élue député pour ce nouveau Parti au Parlement d’Ottawa.  La firme Colonial Motors de Walkerville (ontario) fabrique une première automobile canadienne et le célèbre voilier Bluenose est lancé en mars 1921 au coût de 35000$.  Il gagnera plusieurs compétitions durant l’année.

En 1919, le petit 5 cents en argent avec une teneur de .925 circulait au pays depuis 1858.  Sa dimension était de 15.50mm alors que son poids variait entre 1.16 et 1.17 grammes.  Depuis quelques années soit 1911 l’effigie de George V ornait l’avers tandis que la couronne anglaise et les guirlandes de feuilles ornaient son revers, oeuvre de Bertram MacKennal.

Effigie de George V sur l’avers et la couronne anglaise et les guirlandes de feuilles sur le revers.

En 1920 sa teneur en argent est réduite à .800 ce qui sera un prélude à des changements.  Des discussions sont alors entreprises en vue de remplacer ce 5 cents d’argent par une nouvelle pièce composée de nickel.  Les raisons invoquées sont sa manipulation difficile causée par ses dimensions sans oublier sa facilité de le perdre, son usure rapide en raison de sa faible épaisseur et la principale raison, soit la dernière hausse des coûts du métal argent.  On prévoyait le remplacement de la pièce durant les mois à venir mais des difficultés majeures surviennent.

Il faut se rappeler qu’aux États-Unis le 5 cents en nickel circulait depuis 1866 avec un certain succès. De son côté le Canada tenait beaucoup aux pièces en argent et il le prouva jusqu’en 1920 malgré les inconvénients déjà mentionnés.

Par contre la firme The International Nickel of Canada incorporée en 1916, débuta ses opérations en 1918 à Port Colborne (Ontario) alors que la guerre tirait à sa fin.  Les débouchés pour ses quelques produits étaient devenus difficiles à écouler.  Le Gouvernement avec ses nouvelles décisions concernant la monnaie, voyait du même coup une participation à la relance de l’usine devenue presque moribonde mais qui ne l’empêchera pas de fermer quand même durant 12 mois en 1921-1922.

On avait le métal nickel en grande quantité au pays mais on réalisa que la fameuse usine de Port Colborne n’avait pas l’équipement nécessaire pour fabriquer rapidement des flans pour les nouvelles pièces.

On fit des recherches vaines par tout le pays et on dut se résoudre de confier le contrat des flans à un fabriquant américain.  En attendant, la Monnaie Royale du pays fit des efforts en 1920 et début de 1921 pour diminuer la quantité des monnaies d’argent en réserve déjà dans les voûtes et la nouvelle production de l’année mais les besoins au pays étaient à peu près nul.  Pendant ce temps la Monnaie Royale de Londres qui travaillait à la fabrication des prototypes reçut ordre de les millésimer avec la date de 1922 devant les retards qui s’accumulait et la grande quantité de pièces encore disponibles dans ses voûtes.

Subitement en mai 1921 une loi est votée par le Parlement pour mettre fin immédiatement à l’émission des pièces de 5 cents en argent.  La Monnaie Royale n’avait pas distribué au pays des pièces de 5 cents durant l’année 1921 mais avait vendu aux visiteurs qui visitaient l’édifice de la Monnaie quelques ensembles des monnaies de l’année et quelques centaines de petits 5 cents en argent.

Lorsque au début de l’année 1922 les pièces de 5 cents en nickel 100%, d’un diamètre de 21.21mm, furent prêtes, on commença à les mettre en circulation.

Dans les mois qui suivirent, on rassembla les pièces restantes de 1920 puis la nouvelle production de 1921 dont plus de 2 582 000 petits 5 cents et plus de 206 300 pièces de 50 cents pour les envoyer au creuset pour la fonte.

Aujourd’hui on évalue à 400 pièces les 5 cents 1921 qui furent sauvés de la fonte et peu importe leur condition, elles sont toutes des valeurs sûres.

 

 

Biblio : Canadian Coin News 27 nov. 2000