Le trésor inédit de l’abbaye de Cluny

Une campagne de fouilles archéologiques, qui s’est déroulée dans l’abbaye de Cluny durant l’automne 2017, a donné lieu à la découverte exceptionnelle d’un trésor monétaire en or et en argent, comprenant également une bague sigillaire et un petit carré d’or.

Il s’agissait de la troisième opération de fouilles archéologiques, à Cluny, sur le site de l’ancienne infirmerie. Celle-ci, complètement détruite à l’occasion des grands travaux de reconstruction au milieu du XVIIIe siècle, était essentiellement connue par le plan anonyme daté de 1700.

Considérée comme une « seconde Rome », l’abbaye de Cluny était la plus vaste, la plus influente et la plus riche des abbayes de la chrétienté occidentale.

La fondation de Cluny n’est ni un événement majeur ni un fait original. Guillaume III, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, voulant installer un monastère dans une zone extrême de sa principauté pour accroître son prestige et renforcer son influence, donne un grand domaine avec réserve et tenures.

La donation est suffisante pour que les moines construisent leur monastère sans avoir à surmonter de dures difficultés matérielles.

L’abbé et les moines sont « maîtres chez eux », ce qui exclut toute intervention laïque.

Si la liberté d’élection n’est pas tout de suite appliquée puisque Bernon et les trois premiers abbés désignent leur successeur, son affirmation est un facteur primordial de la renommée de Cluny.

Par ailleurs, si le fait de confier une fondation à Saint-Pierre n’est pas nouveau, les abbés clunisiens des Xe et XIe siècles tirent parti de cette situation pour tisser des liens serrés avec la papauté, favorisant la constitution de la puissance de l’indépendance de leur abbaye.

Trois importants chantiers seront réalisés : Cluny I (910-927) ; Cluny II (927-981) et Cluny III ou major ecclesia (1088-1130).

Les dimensions de la nouvelle église de Cluny III dépassent largement les ambitions des précédentes. Cluny devient la plus grande église au monde jusqu’au XVI e siècle, avec des dimensions hors du commun : 187 m de longueur, une quarantaine de mètres en élévation sous la coupole du grand transept, cinq nefs, deux transepts, 301 fenêtres, cinq clochers.

Le plan, à la fois centré et basilical, rappelle à la fois les édifices byzantins (Sainte-Sophie) et romains (Saint-Pierre de Rome) – on parle alors de plan archiépiscopal.

Le domaine de Cluny fait partie du patrimoine de Saint-Pierre mais, s’il appartient au pape en toute propriété, la communauté n’est pas pour cela soustraite à la juridiction de l’Ordinaire. Si la charte de fondation ne mentionne pas l’évêque de Mâcon, c’est que la villa de Cluny est un alleu (terre dont le possesseur ne doit pas d’hommage ou de reconnaissance à un seigneur et ne doit pas payer de redevance seigneuriale telle que le cens et de lods à chaque mutation (vente ou héritage)), dont le duc peut disposer en toute indépendance, sans l’assentiment de l’évêque ni du prince. Il n’y a pas, dans l’acte de 909, aucune autre immunité que celle du temporel, sur lequel ni les rois, ni les évêques, ni les papes ne peuvent jamais rien prétendre.

Au début du XIe siècle, Cluny est déjà solidement établi. Poursuivant l’œuvre de Maïeul (948-994), deux grands abbés, Odilon (994-1049) et Hugues (1049-1109), donnent à la congrégation une puissance matérielle et un rayonnement spirituel considérables, en même temps qu’ils se rangent parmi les personnages les plus importants de la Chrétienté.

L’abbaye de Cluny, qui a en fermage, entre le XIe et le XIIe siècle, l’atelier monétaire de Melle (79), émet des monnaies. Son monnayage ne commence pas avant 1123 et est confirmé par un diplôme de 1204. Néanmoins, dès 1239, la frappe monétaire devient sporadique et est supprimée avant la fin du XIIIe siècle.

Deux caractères conditionnent le développement de Cluny : l’exemption de fait puis de droit qui maintient sa vocation spirituelle à l’abri de toute intervention étrangère et la dépendance envers la papauté qui lui permet d’être un partenaire efficace lors de la réforme grégorienne. Cette dépendance est aussi le meilleur moyen de donner une force réelle à l’exemption. Mais Cluny profite aussi de l’ascension de certains personnages, réalisée grâce aux bouleversements liés à la mise en place des structures dites féodales. Ces hommes nouveaux et riches touchés par la mobilité sociale, comme Ebbo, fidèle de Guillaume III d’Aquitaine, sont les premiers à vouloir et à pouvoir favoriser les monastères crées. Cluny est censé apporter une aide religieuse et les prières de ses moines représentent une garantie pour la vie future.

L’abbé Maïeul avait proposé la réforme grégorienne dans de nombreuses abbayes de France et de Bourgogne, et commencé à nouer entre Cluny et les établissements ainsi réformés des liens institutionnels, annonçant la création d’un ordre. Ses deux successeurs, grâce à la longueur exceptionnelle de leur abbatiat, réalisèrent ce dessein. Avec eux, les coutumes clunisiennes, c’est-à-dire la règle bénédictine réformée par Cluny, sont adoptées dans maints monastères du Massif Central, du Poitou, de Provence, du Languedoc, du Bassin Parisien, du Nord et de l’Est de la France.

La règle bénédictine gagne d’autres contrées, l’Italie (La Cava, Farfa), les royaumes chrétiens d’Espagne (San Juan de la Pena), l’Empire, l’Angleterre (Lewes) et même la Terre Sainte, après les succès de la première Croisade.

Le réseau clunisien s’étend ainsi à la plus grande partie de l’Occident, mais est surtout très dense le long des voies de passage (sillon rhodanien, route de Saint-Jacques-deCompostelle) et dans les riches plaines agricoles (Bassin parisien, Aquitaine, Lombardie).

À la fin du XIe siècle, l’abbé de Cluny dirige plus ou moins directement près de 1450 établissements, dont 815 en France. Au moment où la congrégation construit à Cluny même, la plus grande église de la Chrétienté médiévale, et voit deux de ses moines (Urbain II et Pascal II) élevés au pontificat, l’expansion est déjà arrêtée. La politique des abbés, qui ne s’accorde plus toujours avec celle de la papauté, est contestée ; de graves difficultés financières secouent l’ordre qui malgré les efforts remarquables de Pierre le Vénérable (1122-1157) prend le chemin du déclin.

La révolution française sonne le glas de Cluny. En 1790, l’Assemblée constituante vote la suppression de toute communauté religieuse. La douzaine de moines qui restent dans les murs de l’abbatiale assiste au pillage systématique de trésors amassés depuis des siècles. Tout est emporté, depuis le mobilier jusqu’à la bibliothèque, en passant par l’or, les objets d’art et les vitraux. Même les grilles, les gargouilles et les cloches sont déposées pour être fondues.

Malgré l’alerte lancée par Alexandre Lenoir (créateur du Musée des monuments français), Cluny, désormais bien national, devient une carrière de pierre. Les démolisseurs poursuivent leur travail de sape jusqu’en 1809 et 1810, années marquées par la chute du clocher du chœur, du portail et de l’avant-nef. Cluny n’est plus qu’un champ de ruines dont on ne parvient plus à retrouver la mémoire.

Les actes de vandalisme révolutionnaires et autres destructions au cours du XIX e siècle plongent Cluny dans l’oubli. Les rares vestiges restants ne donnent plus aucune idée de l’abbaye. Sensibilisés à ces destructions et au risque d’effacement de la mémoire, plusieurs historiens locaux et passionnés se plongent dans les archives afin de reconstituer l’histoire de ce qui fut l’un des plus grands centres théologiques et intellectuels de l’Occident médiéval.

Mais il faut attendre les années 1920 pour qu’un archéologue américain, Kenneth John Conant, s’intéresse à l’architecture de Cluny. Conant consacre une grande partie de sa vie aux fouilles du site. Pendant 40 ans, il note chaque découverte, numérote chaque pièce exhumée, dessine chaque partie.

Ces recherches méthodiques lui permettent d’identifier les trois grandes phases de travaux (Cluny I, II et III) et de procéder à une reconstitution graphique de l’abbatiale lors de son apogée aux XI e -XII e siècles.

En 1968, Conant publie Cluny, les églises et la maison du chef d’ordre qui devient immédiatement la référence sur l’histoire architecturale de l’abbaye.

En septembre 2017, lors de fouilles archéologiques sur le site de l’ancienne infirmerie de l’abbatiale, un trésor est retrouvé à Cluny.

Il date manifestement de la moitié du XIIe siècle, une période pendant laquelle l’abbaye est encore à son apogée, mais commence à avoir des difficultés financières, notamment suite à la construction de la nouvelle église abbatiale, Cluny III, la plus grande d’Occident.

Le trésor est composé de 2 113 deniers clunisiens et de 143 oboles enveloppés dans un tissu dont les trames ont été minéralisées sur les faces externes des monnaies placées à la périphérie du contenant.

Au centre de toutes ces monnaies, une petite bourse en peau contenait une bague sigillaire accompagnée de 21 dinars arabes en or, un « carré d’or » composé de feuilles d’or repliées, placé dans une petite poche en cuir et une piécette d’or.

Les monnaies et le « carré d’or » sont très soigneusement emboîtés contre l’anneau de la bague sigillaire.

C’est la première fois qu’est mis au jour un nombre aussi important de monnaies d’argent clunisiennes.

L’ensemble des pièces est assez bien conservé. Quelques concrétions ont parfois aggloméré en piles les deniers et les oboles, mais les monnaies restent facilement identifiables.

Au droit, figurent les noms des saints Pierre et Paul, et la clé, attribut du premier.

Au revers, la mention CLVNIACO CENOBIO (abbaye de Cluny) désigne l’émetteur.

Le type même du denier clunisien n’évoluera que très peu durant toute la période d’émission, qui s’étend jusqu’au XIIIe siècle. Les séries sont principalement repérables aux nombres de « dents » de la clé. Les plus anciennes, émises dès la fin du XIe jusqu’au milieu du XIIe siècle, et auxquelles appartiennent les monnaies du trésor, en comportent cinq.

Trois deniers, émis dans le royaume de France, font figure d’exception dans la masse de monnaies clunisiennes. Le premier a été frappé à Meaux par l’évêque Burchard (1120-1134). Les deux autres ont été émis à Orléans et à Paris par le roi de France et sont actuellement attribués à Louis VII (1137-1180).

Ces monnaies, appartenant aux systèmes monétaires parisis et champenois, étaient susceptibles de circuler en Bourgogne à équivalence avec les monnaies locales.

Les dinars almoravides ou marabotins retrouvés ont tous été émis par les Almoravides, dynastie régnant à la fois sur Al-Andalus et le Maghreb.

Vingt dinars sont au nom de l’émir Ali ben Youssef (500-537 AH/1106-1143) et, le plus récent, daté de 539 AH (1144), porte le nom de son fils, Tashfin Ben Ali, qui n’a régné que deux ans (537-539 AH/1143-1145).

Quatre ateliers ont été identifiés : trois dans la péninsule ibérique (Almeria, Grenade et Séville) et le dernier, nettement plus méridional, dans une cité aujourd’hui disparue au sud du Maroc : Nul-Lamta.

Au XIIe siècle, hormis dans les zones en contact direct avec les Musulmans, à savoir le royaume de Sicile et l’Espagne chrétienne, il n’y aurait pas eu d’émission de monnaies d’or en Europe.

L’or n’est véritablement de nouveau produit en masse hors de ces deux zones que lorsque Florence commence à émettre le florin, dès 1252. De ce fait, il n’existe a priori pas, au XIIe siècle, de monnaies de forte valeur nécessaires aux transactions importantes et qui pourraient permettre de s’affranchir du transport de masses toujours plus importantes de deniers.

Depuis la fin du X e siècle, en effet, face à la demande croissante de monnaies, la tendance générale est à l’affaiblissement de la teneur en argent des deniers. Le métal est généralement allié à des quantités de plus en plus conséquentes de cuivre, ce qui entraîne, à masse d’argent constante, l’augmentation de la masse monétaire finale.

Le problème est pallié plus tard par l’utilisation de lingots d’argent pur, et, dans une certaine mesure, par l’utilisation d’or.

Ces dinars apparaissent dans la documentation chrétienne sous le nom de marabotins, par déformation d’al-morabitin, du nom des émirs Almoravides, qui sont en réalité les principaux pourvoyeurs des monnaies d’or circulant au nord des Pyrénées. C’est d’ailleurs sous ce nom que, le 29 juillet 1142, « l’empereur des Espagnes » Alphonse VII de Léon et Castille désigne ces monnaies dans le diplôme qu’il concède à Pierre le Vénérable, alors en voyage dans la péninsule.

Le lingot d’or, la feuille d’or ou le « carré d’or » mesure 28 cm de côté, 5 mm d’épaisseur maximum et pèse 24 gr. Ce carré d’or est composé de feuilles d’or repliées sur elles-mêmes.

L’anneau sigillaire de 27 gr, est sans aucun doute la plus belle pièce du trésor. Il comprend un large chaton au centre duquel se trouve une intaille antique en cornaline.

Celle-ci figurerait l’empereur Caracalla sous les traits du demi-dieu Hercule. Autour de l’intaille est gravée, dans le cerclage en or, l’inscription /A VE TE /.

Les anneaux sigillaires sont couramment attestés au Moyen Âge entre le XI e et le XIIIe siècle. L’importance de l’anneau et l’inscription indiquent que le détenteur du bijou est un haut dignitaire ecclésiastique ou religieux.

La piécette d’or, petite pastille d’or de 1,22 g striée, est finalement l’élément le plus mystérieux de cet ensemble, car, à l’heure actuelle, aucune hypothèse n’a encore pu être formulée quant à son rôle et à la raison de sa présence dans le trésor.

L’importance du trésor de Cluny n’est pas à démontrer.

C’est la première fois que l’on retrouve un trésor du XIIe siècle dans une abbaye.

Découvert sous un sol d’un bâtiment aujourd’hui détruit, il fut enterré et jamais retrouvé. Trésor oublié, alliant à la fois objets et monnaies d’or et d’argent, il pose de nombreuses questions sur les motifs de son enfouissement et sur l’identité de son propriétaire. Le trésor est complet et l’assemblage des différents éléments, dans divers contenants, offre des pistes importantes pour son interprétation.

L’examen des autres trésors contenant des dinars montre que le trésor de Cluny forme un ensemble particulièrement cohérent. En effet, le trésor d’Aurillac, avec 49 monnaies, incluait des dinars almoravides, mais également des exemplaires des souverains de Murcie, un dinar almohade et quatre dinars hubides. Celui d’Albon comportait des monnaies de Marrakech, de Grenade, mais également d’Alexandrie.

Les marabotins de Cluny ont été émis sous l’autorité des seuls Almoravides sur une période de vingt-quatre ans, entre 1120 (514 AH) et 1144 (539 AH). Compte tenu des liens privilégiés de l’abbaye avec l’Espagne, les monnaies arabes pourraient directement être parvenues en Bourgogne depuis la péninsule Ibérique, sans passer par le circuit commercial régional.

Quant aux deniers d’argent clunisiens, peu d’entre eux ont été retrouvés isolément, alors qu’ils ont circulé dans une grande partie de l’Europe et même jusque vers Northampton en Angleterre.

Fait surprenant, hormis ce trésor découvert en 2017, les plus importantes trouvailles ont été réalisées non pas en Bourgogne mais en Espagne, respectivement à Sahagún (150 deniers) et Astorga (environ 7 deniers). Si les deux sites étaient des étapes stratégiques sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, Sahagún était également le lieu d’implantation d’un prieuré de Cluny et un lieu d’émigration de colons venus de France, d’Allemagne et de Bourgogne.

Le bâtiment dans lequel a été caché ce trésor est encore mal connu.

Reliant l’infirmerie au couvent, il referme un espace situé entre la chapelle mariale et la grande salle de l’infirmerie. Ce lieu, à l’intérieur de la clôture, n’était accessible qu’aux religieux ou à leurs familiers.

Le détenteur du trésor était sans doute malade lorsqu’il a caché son bien, peut-être se rendait-il à l’infirmerie. Il est vraisemblablement mort avant qu’il ne puisse le récupérer. Ou bien ce trésor fut-il dérobé au sein du monastère, caché et jamais récupéré.

L’étude du trésor est actuellement en cours. Les monnaies vont faire l’objet d’analyses approfondies, afin d’obtenir de plus amples informations sur le monnayage clunisien et sur la circulation des pièces d’or en Occident au XIIe siècle, notamment entre l’Espagne et Cluny.

Sources Anne Baud, Anne Flammin et Vincent Borrel, « La découverte du Trésor de Cluny. Premiers résultats et perspectives de recherche », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA, 22.1 | 2018, mis en ligne le 03 septembre 2018 Isabelle Lerquet, L’impact des structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident chrétien du XI e au XVe siècle et l’essor des monnaies papales, septembre 2020

Le monnayage colonial français (La monnaie de l’Indochine française)

L’Indochine française (en vietnamien : Đông Dương thuộc Pháp ou l’Union indochinoise française) est une ancienne colonie d’exploitation, création de l’administration coloniale, regroupant, sous une administration unique : le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine sous le nom d’état du Viêt Nam (territoire identique à celui de l’actuelle République socialiste du Viêt Nam), le Laos et le Cambodge et le territoire de Kouang-Tchéou-Wan. L’unité monétaire y est la piastre.

Après une phase de conquête où se distinguèrent missionnaires, officiers et géographes, la politique coloniale française en Indochine vit s’illustrer des hommes politiques comme Jules Ferry, Paul Bert, Paul Doumer ou Albert Sarraut.

Lourde fiscalité et pression administrative furent à l’origine de troubles, avant que la montée du nationalisme annamite, la seconde guerre mondiale et l’intervention du Japon ne mettent fin à un siècle de présence française en Indochine.

La conquête de l’Indochine

L’évangélisation du Tonkin, de la Cochinchine et du Cambodge se fait entre 1658 et 1700.

Les premiers missionnaires catholiques de nationalités portugaise, espagnole, italienne et française mettent le pied en Indochine au XVIIe siècle et fondent des communautés chrétiennes.

Dans les années 1620, un missionnaire, le père Alexandre de Rhodes, met au point une écriture vietnamienne fondée sur l’alphabet latin. Toutefois, l’enseignement du Hán tự, le système d’idéogrammes chinois, continue dans les écoles. En 1661, le missionnaire François Pallu part pour une mission d’évangélisation et d’alphabétisation au Tonkin.

Il faudra attendre le début du XXe siècle, pour que le Quốc ngữ, le vietnamien alphabétisé, s’impose graduellement, malgré la résistance des lettrés. Le Quốc ngữ sera imposé dans les écoles au détriment du sino-vietnamien, jugé comme un patois déchu. Ce nouvel alphabet facilitant l’apprentissage du français, l’administration française n’y sera pas étrangère.

En 1757-1761, la France perd ses possessions en Inde, à la suite de la guerre de Sept ans contre le Royaume Uni. (Monnaies et détection, n°82 et n°84)

À partir de 1763, sous Louis XV, les Français vont donc chercher à s’implanter en Asie pour s’assurer des débouchés. C’est le début des relations diplomatiques et des aides militaires françaises à l’Annam et au Tonkin. C’est aussi la présence des premiers commerçants français à Tourane et Saïgon.

L’empire d’Annam est dirigé par la dynastie des Nguyễn, qui s’étend du nord au sud de la péninsule indochinoise, sur sa côte orientale, du delta du Fleuve Rouge à celui du Mékong. Il est bordé à l’ouest par l’actuel Laos, morcelé en principautés, et au sud-ouest par le royaume khmer, entré dans une longue période de décadence.

De 1783 à 1788, sous Louis XVI, un premier projet de colonisation est mis en place : la France aide l’empereur Gia Long à prendre le pouvoir. Gia Long unifie le Vietnam. En remerciement, la France reçoit le comptoir de Tourane et l’archipel Poulo-Condore en 1788.

De 1793 à 1798, à cause de la Révolution française, la France renonce à son projet de conquête de l’Indochine, et abandonne le port de Tourane et l’archipel de Poulo-Condore.

Lors du Traité de Vienne (1815-1816), ces deux possessions abandonnées ne sont même pas évoquées.

Sous Louis XVIII, un retour colonial en Asie est envisagé. Des religieux et des conseillers militaires sont envoyés après 1817.

La conquête de l’Algérie et sa pacification (1830-1848) retarde un retour militaire en Indochine, qui ne sera pas effectif avant les années 1850.

Au cours des années 1840, la persécution ou le harcèlement des missionnaires catholiques par les empereurs Minh Mạng et Thiệu Trị (r. 1841-1847) ne suscita que des réponses sporadiques et non officielles des Français.

En 1847, la France intervient encore non officiellement pour protéger ses missions menacées par les empereurs. Elle attaque Da Nang (bataille navale de Tourane).

Dès 1854, des relations diplomatiques et militaires sont engagées avec le Cambodge qui deviendra protectorat français en 1863.

La France obtient l’Indochine province après province, de 1858 à 1887.

Les premières interventions militaires françaises officielles remontent à 1858, à l’époque du Second Empire (1852-1871) avec comme prétexte la protection des missionnaires et des communautés chrétiennes.

En août 1858, l’escadre franco-espagnole de Charles Rigault de Genouilly débarque à Tourane et s’en empare. C’est la première intervention militaire officielle des Français. C’est le début de la conquête de la Cochinchine. La campagne de Cochinchine (vietnamien : Chiến dịch Nam Kỳ, 1858-1862), commence comme une expédition punitive franco-espagnole limitée et se termine en guerre de conquête française. Elle se conclut par la colonisation française de la Cochinchine, prélude à presque un siècle de domination française au Viêt Nam.

En février 1859, Saïgon, capitale de la Cochinchine d’alors, est prise par la France, seule, car l’Espagne a auparavant abandonné la conquête après l’échec d’une tentative contre Hué.

Le 5 juin 1862, c’est la conclusion entre la France et l’empereur de l’Annam du Traité de Saïgon, stipulant que les trois provinces orientales du sud du Dai Nam : Bien Hoa, Gia Dinh, Vinh Tuong et l’île de Poulo Condor, deviennent la colonie de Cochinchine française. La France obtient également pour sa colonie la liberté religieuse, le droit de commercer et voyager librement le long du Mékong ; à ouvrir au commerce les ports de Tourane, Quang Yen et Ba Lac (à l’embouchure du Fleuve Rouge), le droit de commerce en Annam et au Tonkin et 4 millions de piastres (20 millions de francs or).

Les Français placèrent leurs trois provinces vietnamiennes du sud sous le contrôle du Ministère de la Marine.

En 1863, le Cambodge est placé sous protectorat français.

En 1867, la France érige en colonie la Cochinchine et annexe le Cambodge.

Le 15 mars 1874, des négociations entre la France et l’empereur d’Annam aboutissent au deuxième Traité de Saïgon, complété le 31 mars : le Fleuve Rouge (Song Hong), jusqu’à la frontière chinoise, est ouvert au commerce ainsi que les ports d’Hanoï, Haiphong et Qui Nonh.

Ce traité entraîne une guerre franco-chinoise (1881-1885) à cause de l’exploitation par les Français du port chinois d’Hanoï. A partir de 1883, Jules Ferry ordonne l’expédition du Tonkin.

En 1884, le Tonkin et l’Annam sont placés sous protectorat français. Le protectorat est un régime politique constituant l’une des formes de sujétion coloniale. Il diffère de la colonisation pure et simple en ce que les institutions existantes, y compris la nationalité, sont maintenues sur un plan formel, la puissance protectrice assumant la gestion de la diplomatie, du commerce extérieur et éventuellement de l’armée de l’État protégé.

En janvier 1886, Paul Bert est nommé Résident général (sorte de gouverneur) du protectorat de l’Annam-Tonkin. Il arrive à Hanoï le 8 avril 1886. Il y meurt du choléra 7 mois plus tard.

En 1887, la région qui regroupe la Cochinchine, le Tonkin et l’Annam est baptisée «Union indochinoise».

De 1887 à 1893, une lutte s’instaure entre la France et le Siam. Les pays du Laos, annexés par le Siam, sont à leur tour, placés sous protectorat français.

1896 voit la fin de la conquête d’un point de vue militaire.

De 1897 à 1911, l’Union indochinoise française, constituée par l’union de ces différents territoires d’Asie du Sud-Est, aux statuts officiels différents : colonisés ou passés sous protectorat français au cours du XIXe siècle, regroupe une colonie (la Cochinchine), trois protectorats (Annam, Laos, Cambodge), un semi-protectorat (le Tonkin) et un territoire à bail (Kouang-Tchéou-Wan, actuelle Péninsule de Leizhou, dans la province du Guangdong, en Chine). Kouang-Tchéou-Wan est annexé par la France le 27 mai 1898 dans l’espoir de développer un port d’importance comparable à Hong Kong.

En janvier 1900, l’annexion se transforme en un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans. Il passe sous l’autorité du gouverneur général d’Indochine française. Envahi par les Japonais en 1943, il sera rétrocédé à la Chine en 1946.

En 1907, le Cambodge récupère sur le Siam les provinces de Battambang et de Siem Reap (frontières de l’Indochine française jusqu’à la guerre franco-thaïlandaise de 1941).

L’Union indochinoise française est désormais une colonie d’exploitation qui prend un magnifique essor.

Au cours des années 1930, les Français exploitent différentes ressources naturelles dans les pays formant l’Indochine française. Par exemple, on trouve au Cambodge du riz et du poivre. La Cochinchine, l’Annam et le Tonkin permettent aux Français de mettre la main sur du thé, du riz, du charbon, du café, du poivre, de l’hévéa (caoutchouc), du zinc et de l’étain. Le Laos est le seul pays de l’Indochine à n’avoir aucun potentiel économique aux yeux de la France, mais ses commerçants sont réputés dans toute l’Asie du Sud-est pour leur savoir-faire en matière de transaction. La France entreprend de développer la riziculture au Laos.

Les Français ont le monopole de l’alcool de riz ainsi que de l’opium et du sel.

La cotonnière de Nam Dinh et les cimenteries de Haïphong participent aussi à l’économie de la colonie, de même que les plantations de caoutchouc, de création essentiellement française, dont les alignements géométriques ne laissent rien subsister des difficultés qu’il fallut surmonter pour vaincre la brousse envahissante, lutter contre la forêt, la fièvre, la chaleur…

Dans le domaine de l’équipement, il faut citer les deux magnifiques ouvrages ferroviaires qui font honneur aux techniciens français : le transindochinois qui sur 1800 kilomètres, relie le Nord au Sud de l’Indochine, le chemin de fer du Yunnan avec ses ponts en « dentelles » jetés sur de vastes précipices. Des canaux sont creusés, des barrages érigés, tel celui du Day, le plus grand au monde de ce genre pour l’époque, qui permet d’obtenir deux récoltes de riz, là où autrefois, le riziculteur avait peine à en obtenir une seule. 30000 kilomètres de réseaux routiers sont également aménagés.

Les Français construisent l’Institut Pasteur qui dispose à Hanoï, Nhatrang, Saïgon et Phnom Penh de vastes installations et fournissent des vaccins dans toute l’Asie du Sud-Est, installent des asiles de vieillards, des centres de lépreux, des orphelinats, des maternités, des hôpitaux, des infirmeries même dans les centres les plus reculés. La population, qui en 1880 est de 10 millions d’âmes, atteint 23 millions en 1939.

Dans le domaine culturel, il y a un développement considérable de l’enseignement à tous les échelons : création d’écoles, de lycées indochinois ou français, d’établissements d’instruction professionnelle, l’Université d’Hanoï avec ses facultés de Droit, de Médecine, de Pharmacie, l’Ecole Supérieure des Sciences, ses Ecoles d’agriculture, de sylviculture, des Travaux Publics et des Beaux-Arts, ainsi que l’Ecole d’Extrême-Orient qui par les travaux de ses savants donnent aux Indochinois une claire conscience de leur histoire. Cela permet la découverte des civilisations de l’ancien Cambodge et du Dai-Viêt aux alentours de 1880.

Cette œuvre française en Indochine reçoit, en 1933, l’hommage d’un éminent anglais, Lord Northcliff, qui déclare après avoir effectué un long séjour dans le pays « qu’elle est une réussite admirable ( Général Jean Marchand, L’Indochine en guerre, Edition les Presses Modernes, juillet 1954 ) ».

Du côté financier, la banque de l’Indochine, fondée en 1875, banque privée française, domine l’ensemble de l’économie vietnamienne. Elle dispose du monopole de la frappe de la piastre indochinoise. L’Indochine est, après l’Algérie, la colonie qui reçoit le plus d’investissements français (6,7 milliards de francs-or en 1940).

Avant 1888, les monnaies locales chinoises servaient dans les échanges.

De 1888 à 1948, la Banque indochinoise fait frapper une unité monétaire, la piastre, et des divisions de piastre (50 cents, 20 cents, 10 cents, 5 cents, 1 cent ou 1 centième, ½ cent, ¼ cent, 1 sapèque).

Des billets d’une piastre, de cinq, dix, vingt, cinquante, cent, deux cents, cinq cents et mille piastres sont également émis par la Banque d’Indochine.

Cependant, le mécontentement monte parmi la population locale.

La pression fiscale trop importante qui ne fait que renforcer l’endettement, déjà chronique de la paysannerie indochinoise fait des mécontents, même si cette fiscalité contribue à rendre possibles certains aspects de l’équipement, en particulier sur le plan ferroviaire.

On prélève beaucoup d’impôts : impôt foncier, capitation, taxes locales, mais surtout, l’administration française a le monopole des commerces de l’opium (En 1899, Paul Doumer réorganise le monopole de l’opium qui représente 1/3 des revenus de la colonie) , du sel et de l’alcool de riz. (Ce monopole compte pour 44% dans les rentrées du budget en 1920, et 20% en 1930.) «Il faut que les profits de l’Indochine reviennent aux Français », selon le général Pasquier, ce qui n’est pas très bien vu par la population locale.

Les jeunes intellectuels indochinois, élevés suivant les principes français d’égalité, de liberté, de fraternité humaine, ayant acquis dans les écoles des titres universitaires estiment devoir être dorénavant placés au même niveau que les Français et obtenir les emplois auxquels ils peuvent prétendre. Ils trouvent un exutoire dans les carrières libérales, celles d’avocats, de médecins ; mais l’administration française ne leur laisse qu’une place restreinte, les postes d’autorité, de direction, et même les emplois moyens sont tenus par des fonctionnaires français. La situation matérielle de ces employés indochinois demeure nettement inférieure à celle des fonctionnaires français de même compétence, ce qui rend flagrante l’injustice.

Ces diplômés d’études supérieurs déçus dans leur ambition et leurs espoirs, deviennent les premiers ferments de l’agitation révolutionnaire et glissent vers les partis extrémistes : nationalistes ou communistes.

Dès 1900, le nationalisme vietnamien réformiste et radical fait son apparition.

Malgré cette opposition nationale à la présence française, le développement systématique de l’Indochine se poursuit et lorsque qu’éclate le deuxième conflit mondial, l’Indochine est la colonie la plus riche de France.

Vers la décolonisation

Au XXe siècle, les différents mouvements indépendantistes vietnamiens gagnent en puissance : au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’affaiblissement de la métropole et l’occupation de l’Indochine par l’Empire du Japon, met fin à l’administration coloniale française le 9 mars 1945 (en juillet 1945 en Cochinchine). Le vide du pouvoir à la fin de la guerre permet au Việt Minh, mouvement indépendantiste vietnamien animé par le Parti communiste indochinois, de s’emparer du nord du pays. Les tentatives de conciliation et de réforme du statut de l’Indochine échouent et aboutissent en 1946 à la guerre d’Indochine. Devant l’impasse politique et militaire, la France doit se résoudre à abandonner l’Indochine, dont les composantes vietnamienne, laotienne et cambodgienne voient leurs indépendances reconnues par les accords de Genève de 1954, qui officialisent également la partition du Viêt Nam, selon les souhaits des Américains et des Chinois.

Le 27 avril 1919, Albert Sarraut, gouverneur général de l’Indochine, à Hanoï, lors d’un discours, propose une « collaboration franco-vietnamienne », pour calmer les esprits car bien des Français, en Indochine comme en métropole, avaient exprimé la nécessité d’associer plus étroitement les Indochinois (Annamites) à la politique française et à la gestion de leur pays.

En 1925, Nguyen Ai Quoc, un homme bientôt connu sous le nom d’Hô Chi Minh, fonde l’Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne.

En février 1930, la Mutinerie de Yên Bái échoue. Le Parti national démocratique est décapité. Hô Chi Minh unifie les trois groupuscules communistes en un parti communiste indochinois, filiale du parti communiste français.

De 1930 à 1931, un soulèvement des paysans des régions de Nghe Tinh, Quang Nam, Quang Ngai et de Cochinchine est organisé par le parti communiste indochinois

De 1930 à 1934, la crise économique mondiale qui a commencé aux États-Unis en 1929 s’étend en Indochine.

De 1936 à 1937, un grand mouvement social (grèves, occupations de terres) se met en place.

En 1940, les Japonais occupent l’Indochine française, mais la France avec l’aide de la Grande Bretagne parvient à s’y rétablir après la Seconde Guerre mondiale.

Le 29 juillet 1941, le gouvernement de Vichy passe des accords avec celui de Tokyo : les accords Darlan-Kato, qui régissent les relations entre l’Empire du Japon et le gouvernement de Vichy sur le territoire de l’Indochine française à la suite de l’invasion japonaise de 1940. Pendant ce temps, la France est occupée par l’Allemagne. Le Parti communiste indochinois lance l’insurrection armée en Cochinchine et échoue.

En 1943, les Douanes et les Régies qui dépendent de la Direction des Finances commandent à l’atelier d’Hanoï, deux monnaies : 1 taël ou bya et ½ taël ou ½ bya, pour effectuer des achats d’opium (L’opium est une préparation psychotrope obtenue à partir du latex du pavot somnifère. Ses effets provoquent notamment une somnolence chez le consommateur) au Laos et au Tonkin.

En 1945, le 9 mars, les garnisons françaises sont attaquées par surprise par l’armée impériale japonaise. L’indépendance du Laos et du Cambodge est proclamée à la même date.

Le 11 mars, l’empereur Bao Dai proclame l’indépendance du Tonkin, de l’Annam et de la Cochinchine, sous le nom de l’Empire du Viêt Nam, avant d’abdiquer quelques mois plus tard. Le 24 mars, De Gaulle, chef du Gouvernement Provisoire de la République française, veut récupérer l’Indochine française.

Des militaires français aidés par des contingents locaux, résistent à l’occupation japonaise (révolution des 13 et 14 août 1945). Le 15 août, l’amiral Thierry d’Argenlieu est nommé haut commissaire en Indochine dans les territoires reconquis. Le 22 août, Jean Sainteny arrive à Hanoï.

Le 2 septembre, les Japonais capitulent, mais le Vietminh prend le pouvoir au Tonkin et au nord de l’Annam et proclame l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam (RDV). Le 11 septembre, les Chinois reviennent dans leur ancien territoire d’Hanoï.

Le 5 octobre, le général Leclerc débarque à Saïgon, suivi de l’amiral d’Argentlieu le 31 octobre.

En 1946, La France reconnaît l’autonomie des Etats indochinois au sein de l’Union française qui deviendront, en 1954, Etats associés (royaume du Cambodge et du Laos et Etats du Viêt Nam). Mais l’échec des négociations sur le statut définitif du Viêt Nam va provoquer la guerre (1946-1954).

En 1946, le 6 mars, les militaires français professionnels et volontaires débarquent à Haïphong et le 18 mars, le général Leclerc entre à Hanoï. C’est le début du conflit armé qui se déroule de 1946 à 1954 (appelé guerre d’Indochine). Il aboutit à la dissolution de l’Union indochinoise française, ainsi qu’à la sortie de l’Empire colonial français des pays la composant et à la division en deux États rivaux du territoire vietnamien.

Le 1er juin, la république indépendante de Cochinchine est proclamée.

Du 6 juillet au 1er août, a lieu la conférence de Fontainebleau (en Seine et Marne) entre le gouvernement français et le Viêt-minh afin de trouver une solution au conflit et à l’indépendance du Viêt Nam.

Le 23 novembre, les Français bombardent Haïphong et le 19 décembre, une insurrection éclate à Hanoï contre les Français.

Le 23 décembre 1947, le Laos et le Cambodge adhèrent à l’Union française. Paris récuse toute perspective de négociations avec Hô Chi Minh.

Le 5 juin 1948, un Gouvernement central provisoire du Viêt Nam réunit l’Annam et le Tonkin, en attendant de pouvoir fusionner avec la Cochinchine (Accords de la baie d’Along).

En 1949, le 8 mars, des accords sont établis entre le président français Vincent Auriol et l’empereur vietnamien Bao Dai revenu en grâce.

Le 14 juin voit la création de l’État du Viêt Nam, associé à l’Union française et dirigé par le chef d’État Bao Dai, dernier empereur de la dynastie Nguyen.

A partir de 1949, les protectorats du Tonkin et de l’Annam et la colonie de Cochinchine, sont regroupés au sein de l’État du Viêt Nam (territoire identique à celui de l’actuelle République socialiste du Viêt Nam).

Le 19 juillet, le Laos devient État associé.

Le 1er octobre, Mao-Tsé-Toung, chef du Parti communiste chinois, proclame la République populaire de Chine après avoir remporté une guerre civile, qui avait commencé en 1946, contre les troupes nationalistes dirigées par le général Tchang Kaï-chek, ancien commandant en chef des forces alliés en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes nationalistes s’enfuient vers l’île de Formose (devenue Taïwan) pour former un gouvernement indépendant face à la Chine.

Le 8 novembre, le Cambodge devient État associé à la France.

En décembre, les troupes communistes chinoises arrivent à la frontière du Tonkin.

En 1950, en janvier, la République démocratique du Viêt Nam est reconnue par la République populaire de Chine, puis par l’Union soviétique. L’Assemblée nationale française ratifie des accords d’association des États d’Indochine.

Le 7 février, les États-Unis reconnaissent le gouvernement Bao Dai.

Du 3 au 8 octobre, on assiste à la défaite française de Cao Bằng.

En décembre, le général de Lattre de Tassigny est nommé haut-commissaire en Indochine.

En mars 1953, une offensive vietminh a lieu dans le nord du Laos qui se retrouve en état de guerre civile.

La même année, un scandale énorme éclate en France : l’Affaire des piastres, avec la parution du livre de Jacques Despuech, Le Trafic des piastres, édition Deux Rives.

La piastre indochinoise en argent, unité monétaire de l’Indochine française, frappée par la Banque d’Indochine avait un cours administrativement lié au franc, à la façon du franc CFP ou du franc CFA.

Le taux de change pour les transferts Indochine-France est fixé à 17 francs en 1945, alors que sa valeur sur les marchés asiatiques est de 10 francs ou moins, 8,50 francs. La différence, payée par le Trésor (donc le contribuable français), s’élève à environ 8,50 francs selon Jacques Despuech, auteur du premier livre sur l’affaire en 1953 et journaliste de La Nation française (1955-1967), un hebdomadaire royaliste. Pour bénéficier de ce taux avantageux et subventionné, il faut justifier le transfert et obtenir l’aval de l’Office indochinois des changes (OIC). La situation troublée de l’époque ne facilitant pas les contrôles de l’OIC, un trafic par le biais de fausses exportations, fausses factures ou surfacturations, impliquant Français et Vietnamiens, se met en place à partir de 1948.

Une fois le transfert obtenu, on peut recommencer à l’infini l’opération. Il suffit de faire rentrer illégalement de l’or à Saïgon – le gramme valait 586 F à Paris et 1 300 F en Indochine – ou des dollars via Hongkong, Colombo ou Macao. Les trafiquants les échangent contre des piastres, qui font l’objet d’un nouveau transfert vers Paris.

Ce trafic que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de l’Affaire des piastres est mis au jour en 1950 (Le 17 janvier 1950, une commission d’enquête parlementaire fut nommée. Mais elle ne trouva jamais le temps d’achever ses travaux), éclaboussant un certain nombre de personnalités politiques françaises et indochinoises de haut rang. Des soldats français (y compris des tirailleurs sénégalais et des Marocains), ainsi que des combattants du Viet Minh en bénéficiaient également. Ce trafic extrêmement juteux jeta le discrédit sur toute la classe politique française. Des soupçons pesèrent sur des personnages politiques haut-placés (http://saigon-vietnam.fr/indochine_5.php, Article tiré du journal « Marianne » du 08 Juillet 2002 ).

Les accords d’indépendance des États associés de décembre 1954 sonnent le glas de l’existence de la piastre et mettent fin au trafic. Chacun de ces États met en circulation sa propre monnaie nationale : le Dong nord-vietnamien en République démocratique du Viêt Nam, le Dong sud-vietnamien en République du Viêt Nam, le Riel au Cambodge et le Kip au Laos.

Ce trafic eut des répercussions importantes : « L’affaire des piastres contribua à mettre un terme à la « sale guerre » et aussi à la déqualification d’un personnel politique jugé corrompu. Elle permit aux poujadistes de faire campagne sur le thème du « tous pourris » et assura le succès électoral d’un député élu en janvier 1956, Jean-Marie Le Pen, ultime bénéficiaire de cet invraisemblable scandale financier » (extrait d’un Article tiré du journal « Marianne » du 08 Juillet 2002).

En 1954, le 25 janvier commence la Conférence de Berlin. Le communiqué final annonce qu’une prochaine Conférence, sur les questions asiatiques, se tiendra à Genève.

Le 13 mars débute la bataille de Dien Bien Phu entre les Français et les Viêt-Minhs

Le 26 avril, la conférence annoncée sur les questions asiatiques a lieu à Genève comme prévu.

Le 7 mai, les Français sont battus à Dien Bien Phu. Le 8 mai 1954 débute de la phase indochinoise de la Conférence de Genève. Le 4 juin, les traités franco-vietnamiens sont signés à Paris par les deux chefs de gouvernement Laniel et Buu Lôc : la France reconnaît le Viêt-Nam comme un « État pleinement indépendant et souverain ». Le 20 juillet, les accords de Genève sont signés et mettent fin à la présence française en Indochine. Le 9 octobre, les Français évacuent Hanoï.

Le 1er novembre, la guerre d’Algérie débute dans ce contexte tourmenté. Des militaires sont envoyés directement d’Indochine en Algérie sans avoir pu revoir leur famille en France.

En décembre, la France signe des accords d’indépendance avec les États associés : le Laos, le Cambodge et le Sud-Vietnam qui forment alors la Fédération indochinoise.

Le 15 mai 1955, les dernières troupes françaises quittent le Nord-Vietnam.

Le 21 juillet 1956, les dernières troupes françaises quittent le Sud-Vietnam.

L’année 1958 voit la fin des dernières plantations françaises au Nord Vietnam et le départ des derniers colons français.

En 1975, c’est la fin des dernières plantations françaises au Sud-Vietnam. Les terres des colons sont saisies et nationalisées par le Vietnam communiste et réunifié. Les derniers colons français et européens sont expulsés. Déjà, avant 1975, le plus grand nombre avait pris la fuite.

Monnaies et Détections, n°85, décembre 2015-janvier 2016, « Le monnayage colonial français, La monnaie de l’Indochine française », p. 36-41 Numibec, n°4, février 2016, «Le monnayage colonial français, La monnaie de l’Indochine française », p. 5-18

Le monnayage d’Henri V, comte de Chambord, dernier-roi de la Maison de France

Le comte de Chambord fut sous le nom d’Henri V le prétendant légitime au trône de France. Ce roi malchanceux faillit à trois reprises accéder au trône de France.

Le dernier-né de la Maison de France

Charles-Ferdinand duc d’Artois, duc de Berry, et fils de Charles X ( Frère de Louis XVI et de Louis XVIII) , épouse le 17 juin 1816, à Notre-Dame de Paris, la princesse Caroline des Deux-Siciles, fille aînée de François Ier roi des Deux-Siciles et de Clémentine d’Autriche.

Le couple réside au palais de l’Elysée qui a été aménagé par Charles X tout spécialement pour eux et leurs enfants. Quatre enfants naîtront de cette union. Les deux premiers décèderont en bas âge. En 1819, naîtra Louise Marie-Thérèse d’Artois puis en 1820, Henri.

La disparition du duc de Berry

Alors que son épouse, Caroline des Deux-Siciles, duchesse de Berry, est enceinte, le duc d’Artois est assassiné le 13 février 1820.

Apparenté aux ultras, ces royalistes qui prônent le retour à l’Ancien Régime et à ses valeurs traditionnelles, le duc d’Artois est poignardé à sa sortie de l’Opéra de la rue de Richelieu, le dimanche gras 13 février 1820, vers onze heures du soir, par l’ouvrier Louvel, pro-bonaparte, qui veut « détruire la souche des Bourbons» – ce sera un échec car, quelques mois plus tard, naîtra un garçon, Henri, le futur comte de Chambord -.

Le duc aura la force d’arracher la lame puis tombera en syncope. Transporté dans une des salles du théâtre, le prince mortellement blessé expire le lendemain à six heures du matin. Au cours de cette longue agonie, il révèle que son épouse est enceinte. Il demande que son assassin soit gracié et regrette de mourir de la main d’un Français.

Le duc d’Artois est inhumé dans la basilique Saint-Denis. Après l’assassinat de son mari, la duchesse de Berry s’installe aux Tuileries, avec sa fille.

Dieudonné ou « don de Dieu » : « l’enfant du miracle »

Sept mois et demi plus tard, le 29 septembre 1820, au palais des Tuileries, à Paris, la duchesse de Berry (La duchesse de Berry est une avant-gardiste, elle joua un rôle non négligeable dans la vogue des bains de mer, en particulier à Boulogne sur Mer et Dieppe. C’est elle qui inaugura une section du canal de la Somme) accouche d’un fils : Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné de Bourbon, duc d’Artois, duc de Bordeaux, surnommé « l’enfant du miracle » par Lamartine. D’autres le qualifièrent de « don de Dieu » car il naquit le jour de la Saint-Michel.

Le 11 octobre 1820, les Français donnent comme cadeau de naissance à Henri, le château de Chambord, acheté par souscription nationale. Henri devient alors comte de Chambord.

Le 1er mai 1821, il est baptisé à Notre-Dame de Paris. Il a pour parrain et marraine le couple formé par Louis de France, fils de Charles X, et la fille de Louis XVI, Marie-Thérèse de France, surnommée Madame Royale. Les parrain et marraine sont en même temps ses oncle et tante.

L’usurpation du trône

Le 16 septembre 1824, son grand-père, Charles X, succède sur le trône de France, à son frère, Louis XVIII qui vient de décéder.

Le 2 août 1830, suite aux troubles des Trois Glorieuses, Charles X (Monnaies et Détections, n°65, août-septembre 2012, «De la monarchie constitutionnelle à la Deuxième République (1815-1848)», Partie I, p. 42-44 ) et son fils, Louis de France abdiquent en faveur d’Henri, nommé Henri V par le parlement. Louis de France est roi, sous le nom de Louis XIX, pendant 20 minutes entre l’abdication de Charles X, son père, et la sienne en faveur du jeune roi Henri, son neveu. Louis XIX prend ensuite le titre compensatoire de Comte de Marnes.

L’enfant étant trop jeune pour régner, Louis-Philippe d’Orléans, cousin germain de Charles X, est chargé d’exercer la régence au nom d’Henri V.

Le régent devra ensuite proclamer Henri, roi, dès qu’il serait majeur, chose qui ne se fera jamais car Louis-Philippe usurpera le pouvoir dès le 9 août 1830.

L’Exil de la Maison de France

Le 16 août 1830, Charles X part en exil avec toute sa famille, en Angleterre au palais écossais de Holyrood où il confie l’éducation de son petit-fils à Marie-Thérèse de France, sa tante et marraine.

Le début du rêve de reconquête

En 1831, la mère d’Henri, la duchesse de Berry retourne en France pour organiser un soulèvement de l’Ouest de la France pour 1832, mais c’est un échec et la duchesse est jugée en octobre 1832 puis emprisonnée le 8 novembre 1832 à la citadelle de Blaye où elle met au monde une fille qu’elle aurait eu d’une union secrète avec le comte de Lucchesi-Palli. Cette naissance discrédite définitivement son action.

En cette même année de 1832, Charles X quitte avec les siens, l’Angleterre pour s’installer au palais royal de Prague en Bohême.

Le 27 septembre 1833, pour sa majorité, fixée à treize ans par les lois du royaume de France, Henri V reçoit un groupe de légitimistes français, qui le saluent au cri de « Vive le roi ! ». A leur retour en France, ces derniers sont poursuivis par le gouvernement de Louis-Philippe, mais sont acquittés par la cour d’assises.

Le premier acte accomplit par Henri V, à l’occasion de sa majorité, est celui d’une « protestation solennelle contre l’usurpation de Louis-Philippe ».

En octobre 1836, Charles X et les siens partent pour l’Autriche au château de Goritz. Le 6 novembre 1836, Charles X y décède. Henri V alors âgé de 16 ans, reste en Autriche avec son oncle le duc d’Angoulême et comte de Marnes qui devient en droit Louis XIX aux yeux des légitimistes et est désormais le chef de la Maison de France, tout en préservant le trône pour son neveu, le comte de Chambord pour lequel il avait abdiqué le 2 août 1830.

Le 28 juillet 1841, le comte de Chambord fait une mauvaise chute de cheval qui le laisse claudicant.

En octobre 1843, il se rend à Londres et y rencontre, à Belgrave Square, des légitimistes français fidèles dont l’écrivain Châteaubriand.

Le 3 juin 1844, la mort du duc d’Angoulême met le droit en accord avec le fait : Henri devient l’aîné de la Maison de France et est reconnu une nouvelle fois sous le nom d’Henri V par ses partisans qui restent dans l’opposition sous les différents régimes qui se succéderont : Monarchie de Juillet, Seconde République et Second Empire.

Frohsdorf devient « palais royal »

En 1844, Henri V s’installe avec sa tante et marraine au château de Frohsdorf, situé au sud-est de Vienne et qui a appartenu à Caroline Bonaparte, la sœur de l’empereur Napoléon Ier. Ce château a été vendu au duc de Blacas en 1843 pour le compte de la famille royale des Bourbons de la Maison de France.

Le 15 novembre 1846, Henri épouse Marie-Thérèse de Modène (Marie-Thérèse de Modène suite à une malformation ne pourra jamais enfanter, ce qui aura de graves conséquences sur l’avenir de la Maison de France) , âgée alors de 29 ans. Son beau-père, le duc François IV de Modène est le seul souverain européen a ne pas avoir reconnu la Monarchie de Louis-Philippe (Monarchie de Juillet), de plus, la fille du duc de Modène est l’héritière directe des Stuarts mais suite à la clause de l’Acte d’établissement anti-catholique de 1701, elle ne peut prétendre au trône britannique.

Par son alliance avec la maison de Modène, Henri V devient le beau-frère de Jean de Bourbon, roi d’Espagne qui a épousé la sœur cadette de Marie-Thérèse. Cela lui donne une importante dimension européenne.

Le château de Frohsdorf devient le cœur de la diplomatie royale d’Henri V. Le souverain en exil suit avec attention la chute de Louis-Philippe et l’ascension de Napoléon III. Il ordonne à ses nombreux partisans de ne pas s’afficher en public lors des manifestations pour l’empire et de refuser de voter les lois promues par l’empereur.

En 1848, Henri V prend l’initiative d’un premier geste de réconciliation avec la famille d’Orléans. En 1850, à la mort de Louis-Philippe, Henri V fait célébrer une messe à la mémoire du défunt et écrit à la veuve de celui-ci, la reine Marie-Amélie.

Le 19 octobre 1851, à la mort de sa tante, Marie Thérèse de France, Henri V hérite officiellement du château de Frohsdorf.

Au premier étage du château, dans la chambre où mourut sa tante, il fait sceller une plaque avec l’inscription suivante : « Ici élevant son âme à Dieu, Marie-Thérèse de France a exhalé son dernier soupir avec sa dernière prière. Le 19 octobre 1851, à 11 heures ¼ du matin ».

Le prince et sa famille y suivent l’étiquette royale française : le duc de Lévis assume le rôle d’un ministre de la Maison du roi. A ses côtés, le « gentilhomme de service » tient lieu de chambellan. Il introduit les visiteurs admis en audience, répond à une partie du courrier et accompagne le prince en voyage. Son épouse est entourée de deux dames d’honneur. Il faut compter aussi sur deux chapelains, un médecin et le fidèle secrétaire Moricet, ancien combattant de la dernière guerre de Vendée, qui mourra nonagénaire en 1881.

Henri V détient les attributs du pouvoir, regalia (sceptre, main de Justice, couronne), un trône aux armes de France et des carrosses (Actuellement exposés au château de Chambord.).

Henri V, exilé, règne sur son château tel Napoléon sur son île de Sainte-Hélène !

La fin du rêve de reconquête

En août 1870, suite aux graves défaites de Napoléon III face à la Prusse, le comte de Chambord quitte Frohsdorf dans l’intention de reprendre le pouvoir. En effet, après la chute de l’Empire en 1870, les légitimistes essaient d’imposer la Restauration des Bourbons sur le trône de France. Une lente négociation commence avec le gouvernement de Thiers pour un retour de la monarchie.

Le 18 septembre 1871, les députés discutent d’une proposition de loi permettant l’installation des administrations centrales à Versailles.

Le 8 octobre 1871, cette loi est votée. Dans le même temps, Henri V confiant annonce qu’une fois la restauration faite, il s’installera à Versailles auprès des ministères.

En 1871, Henri V réside à Chambord ( Le château de Chambord est occupé brièvement par Charles X qui le fait restaurer sommairement. Henri V, quant à lui, y vivra très peu (1871). Après 1883, le château revient à l’ancienne famille régnante du duché de Parme, le duc Robert de Parme, fils de Louise d’Artois, sœur d’Henri V, l’ayant hérité de celui-ci. Le domaine est ensuite racheté 11 millions de francs or au duc de Parme par l’Etat français le 13 avril 1930. ) et y lance un manifeste aux Français appelant à la restauration de la monarchie et du drapeau blanc.

Une rivalité s’engage entre le duc d’Aumale et Henri V. Les deux hommes s’opposent au sujet de la présidence de la République.

Le 28 mai 1871, le duc d’Aumale, lors d’un discours, qualifie le comte de Chambord « ce Monsieur de Trop ».

En mai 1873, le président de la République, Adolphe Thiers déclare que « la monarchie est impossible » et que la République est préférée puisqu’elle « apporte la paix ».

La chute de Thiers, la mort de Napoléon III et la naissance d’un nouveau climat propice à la monarchie font reprendre espoir aux partisans d’Henri V. L’Eglise catholique de France soutient même le retour à la monarchie. Le pape Pie IX charge le nonce apostolique de Vienne de faire savoir au comte de Chambord que le Saint-Siège est attaché au retour de la monarchie en France et que la couleur du drapeau est un sujet sur lequel le roi doit savoir trouver un terrain d’entente.

En octobre 1873, Une ambassade de parlementaires français est envoyée à Henri V pour exposer les grandes lignes de la restauration. Le comte est d’accord pour l’ensemble des propositions mais ne veut pas céder en ce qui concerne la couleur du drapeau national. Il veut le drapeau blanc royal et rejette sans appel le drapeau tricolore révolutionnaire. Une cabale journalistique, dirigée par Mac Mahon, fait rage en France visant à discréditer Henri V.

Le 20 novembre 1873, le parlement vote le mandat présidentiel de sept ans, prolongeant ainsi les pouvoirs de Mac Mahon et mettant fin aux rêves de retour monarchique de la Maison de France.

La Restauration échoua parce qu’Henri refusa le drapeau tricolore, lui préférant le drapeau blanc.

Pour ne pas être un sujet de troubles, Henri V rentre alors à Frohsdorf.

La fin de la Maison de France

En juin 1883, le comte de Chambord est atteint d’une maladie des voies digestives à laquelle il ne survit pas. Celui qui fut très près d’accéder au pouvoir suprême dans son pays natal, à trois reprises, décède sans enfant le 24 août 1883 dans son château de Frohsdorf à Lanzenkirchen, en Autriche.

Il est inhumé auprès de Charles X, de Louis de France et Marie-Thérèse de France, duc et duchesse d’Angoulême, au couvent franciscain de Kostanjevica, à Nova Gorica en Slovénie.

La Maison de France, soit la branche aînée des Bourbons, s’éteint avec la disparition du comte de Chambord. La souche des Bourbon est détruite comme le voulait Louvel. Les branches cadettes des Bourbons se disputent alors la légitimité de la couronne de France.

Le comte de Chambord, « don de Dieu » mais « oublié des dieux », bien que n’ayant jamais pu accéder au trône, a laissé une très forte emprunte en Autriche : Sur le fronton de son « palais-royal », le château de Frohsdorf, on peut toujours voir les armes de France surmontées d’une couronne royale ainsi que sur la girouette.

Près du château se trouve toujours l’école de filles, destinées aux jeunes filles de la colonie française et du village de Lanzenkirchen, fondée par la comtesse de Chambord, qui fit venir des religieuses de Metz qui occupèrent le lieu jusqu’en 2011.

Tous les objets-souvenirs de la famille des Bourbons ont été respectés depuis la mort du roi Henri V, y compris lors de l’occupation communiste du château durant la Seconde Guerre Mondiale.

Au premier étage du château, on peut encore voir la plaque que fit sceller Henri V dans la chambre où mourut sa tante

Une statue, toujours visible, de Jeanne d’Arc, commandée par la comtesse des Cars au sculpteur Rinaldi, en 1833 et offerte au comte de Chambord, figure dans le hall d’entrée.

En France, on s’intéresse de plus en plus à ce roi jamais couronné et « oublié de l’Histoire Officielle » et le plus légitime de tous. A Chambord et au musée du Carrousel de Versailles, on peut aller à sa rencontre, en allant admirer l’ensemble de ses carrosses. Ses médailles et son monnayage permettent de l’approcher plus intimement.

Le numismate éclairé, Michel Prieur (Bulletin numismatique, n°111, « Les critères des types monétaires », p.2-3 ) , dans son article sur les critères des types monétaires, s’étonnait qu’on ne reconnaisse pas comme officiel le monnayage d’Henri V : « Quid de la Commune ? Régime jamais reconnu sur l’ensemble du territoire, très loin de là, noyé dans le sang par les autorités « légales » de l’époque, mais qui fait encore vibrer des cœurs aujourd’hui ! Faut-il considérer Zéphyrin Camélinat comme un directeur d’atelier comme un autre ? Mais alors pourquoi ne pas prendre en compte Henri V et les frappes de Wurden ? Henri V, le comte de Chambord, fut bien plus près du pouvoir suprême que n’en fut jamais la Commune ! Il n’en a tenu qu’à son refus d’accepter le drapeau tricolore. Imaginez la France d’aujourd’hui si la monarchie avait été restaurée après les désastres de 1870/1871 ! Certes Henri V ne fait pas partie de l’Histoire Officielle enseignée dans les écoles françaises mais cherchez un peu et pour commencer sur wikipédia, cliquez, vous serez surpris. Alors, exit Henri V ? ».

Viger, DeWitt et Cie devenu Banque du Peuple

Durant les années 1830 la province du Bas-Canada et particulièrement Montréal et ses environs sont secoués par des malaises économiques et politiques. La Banque de Montréal fondée en 1817 est la propriété d’anglophones et contrôle le commerce en grande partie entre Montréal, l’Angleterre et les États-Unis.

De leur côté les canadiens français préoccupés par les problèmes politiques amplifiés par un sens patriotique commencent à s’éveiller au secteur commercial.

En 1831 quelques francophones appuyé par des anglophones sensibles aux besoins monétaires de ces derniers tentent de fonder une banque commerciale rencontrent les désirs francophones mais pour diverses raisons dont un climat politique défavorable, le projet n’aura pas de suite.

Deux ans plus tard, soit en février 1835 les promoteurs reviennent à la charge. La création d’une banque francophone est essentielle pour permettre aux canadiens-français d’émerger sur le plan commercial. Aidé par quelques anglophones dont Benjamin Brewster, Jacob DeWitt, H.B. Smith particulièrement les Louis-Michel Viger, avocat et notaire, Charles S. Delorme, entrepreneur, Edouard R. Fabre, marchand-libraire et autres mettent en place un concept nouveau dans le domaine bancaire, soit une société en commandite nommée Viger, DeWitt & cie. Il s’agissait d’une société privée formée de deux sortes de sociétaires qui souscrivaient des fonds pour une « banque ». Il y avait les sociétaires principaux qui assumaient les dettes de la société avec droit à la gérance et les sociétaires associées dont la responsabilité se limitait à l’équivalence de leur mise avec aucun droit dans l’administration de la société. Par contre les deux catégories de sociétaires avaient droit au même dividende sur une entente de dix ans. Ceci marquera l’entrée des canadiens-français dans le domaine bancaire.

La société Viger, DeWitt & Cie avait un capital social maximum de 75 000£ soit 300 000$ fractionné en actions de 12£ 10 sh ou 50$. Dès que le tiers de ce montant aura été versé, la société pourra débuter ses opérations. Il est à noter qu’il ne fut pas nécessaire de demander à la Législature une charte bancaire en raison du caractère privé de la société et que des traites à demandes seraient tirés à la place de papier monnaie. D’ailleurs une charte bancaire dans le contexte d’époque aurait été probablement refusé devant d’éventuelles pressions politiques auprès des Législateurs.

Peu après, la société se réunit et forme le premier conseil d’administration sous la présidence de Louis-Michel Viger notaire et cousin de Louis-Joseph Papineau, on procède à l’engagement du caissier principal au nom de Pierre-Louis Letourneaux, des locaux sont loués au 29, rue Saint-François-Xavier dans le vieux Montréal et des billets sous forme de traites sont commandés à New York en coupures de 1$, 2$, 5$ et 10$.

L’ouverture de la dite société se fait le 11 juillet 1835 avec l’appui de plusieurs sympathisants francophones malgré les violentes critiques et d’un boycottage de ses ennemis qui l’accusaient de préparer le financement des rebelles politiques. En 1837 la société fait frapper des jetons sous le nom de Banque du Peuple telle que les autres banques afin de pallier à la pénurie de numéraire. Au moment des troubles politiques, la société suspend temporairement ses activités comme ce sera le cas pour les banques. Le président Viger est accusé de prendre une part active aux troubles politiques. De son côté, M. DeWitt, vice-président concentre ses efforts pour sauvegarder l’institution et qui reprend ses activités peu après. En mai 1839, quelques chiffres de son bilan annuel sont publiés dans les journaux de l’époque : Capital souscrit : 119 187£ dont 88 000£ versé, le montant ds traites en circulation dépasse les 60 000£ les dépôts acceptés donnent 74 500£ pour des actifs de 166 400£. Le dividende versé se compare aux autres institutions bancaires, soit dans l’ordre de 7 à 8%.

En 1843 l’entente de dix ans fixée au moment de la fondation s’achève et le conseil d’administration de la société demande au Parlement une incorporation bancaire sous le nom Banque du Peuple qui leur sera accordée en mai 1844. Elle pourra opérer sur les mêmes bases que ses rivales telles que la Banque de la Cité et la Banque de Montréal. Une réorganisation s’en suivit et l’ouverture de la Banque du Peuple sur le plan juridique fut fixée officiellement au 1er mai 1845.

La banque connait des succès immédiats et les administrateurs décident de procéder à l’achat de l’ancien édifice de la Banque de Montréal en 1847 au prix de 46 000$ afin d’y établir un siège social permanent à l’institution. La Banque du Peuple continua son ascension et acquit une grande renommée grâce à une prudence qu’elle exerça dans ses prêts et ses placements. Elle continua à favoriser les investissements anglophones désireux d’investir dans cette institution qui par sa prudence l’empêcha d’empocher des gains plus qu’intéressants. Si bien qu’en 1871 les 2/3 de ses actions étaient la propriété d’anglophones. Elle était devenu la 5e banque en importance au pays sur les 34 banques en opération. À la même époque, elle trouve et vend son édifice au Gouvernement Fédéral pour 100 000$ et elle achète un terrain et fait ériger un nouvel édifice de 40 000$ de l’autre côté de la Place d’Armes voisin de Life Association of Scotland et qu’elle occupera en 1872.

Survient la crise économique des années 1875-1880 qui lui fait perdre l’argent de certains prêts mais elle réussira contrairement à plusieurs autres banques, a verser des dividendes de l’ordre de 4 à 6% à ses actionnaires. La banque avait des règlements différents des autres institutions bancaires car les administrateurs étaient responsables des dettes de la banque contrairement à ses rivales qui limitaient les pertes au double de leurs actions. Donc en raison de cette clause, la Banque du Peuple conserva dans l’administration de ses affaires un esprit très conservateur et elle ne fut pas tentée par des spéculations risquées.

Durant la décade des années 1880 – 1890, la banque adopte une politique beaucoup plus libérale et accroît du coup ses opérations d’une façon dynamique. En 1885 à l’occasion de son 50e anniversaire de son histoire, elle ne peut verser pour la première fois un dividende à ses actionnaires, résultats d’une période d’un marasme économique dû à un climat peu rassurant et à des spéculations de certains courtiers qui donnent les premières craintes pour l’avenir de la banque. On doit prendre des mesures énergiques en réduisant le capital versé des actionnaire de 25% et l’appliquer pour éliminer de mauvaises dettes et pour recommencer un nouveau fonds de réserves. Les premiers signes de mécontentements des actionnaires apparaissent. En raison de ses règlements, les administrateurs ne sont pas obligés d’élaborer au grand jour leurs affaires, leurs décisions. Par contre les directeurs jouissant d’une compétence, donne un nouvel élan à la banque et pour la première fois, on procède à l’ouverture de succursales à Québec, à Trois-Rivières et à St-Rémi de Napierville. En 1887 avec le président Jacques Grenier et le directeur général Boursquet, la banque avait pris beaucoup d’expansion. L’actif s’était accrut de 190% et les dépôts du double. D’autres succursales sont ouvertes ailleurs en province. Le succès apparaît très grand. La banque se paye un nouvel édifice imposant en 1893 en achetant deux édifices voisins et le fait agrandir avec une nouvelle façade qu’elle occupera en 1894.

Soudain on apprend que le directeur général Boursquet démissionne au printemps 1895. Des prêts qu’il a accordés avec peu de garanties totalisent 1 500 000$ et sans le consentement des administrateurs. On apprend qu’il s’est enfuit vers les États-Unis dans le but d’éviter des poursuites éventuelles. Ce geste provoque une ruée aux guichets de la banque où les déposants retirent leurs argents. Entre juin et juillet 1895, une somme de 2 000 000$ est retirée. Les autres banques viennent en aide mais en vain.

La Banque du Peuple dût fermer ses portes le 17 juillet 1895. Un comité fut aussitôt formé de représentants du Gouvernement et des banques pour étudier l’affaire. La recommandation du comité fut tout simplement de liquider les affaires. Les raisons invoquées furent nombreuses mais particulièrement les prêts effectués dépendant trop de la section des dépôts à court terme, les prêts risqués trop nombreux. En somme ce fut une mauvaise gestion et un manque de surveillance de la part des administrateurs.

Le papier-monnaie de la banque en circulation fut remboursé et les déposants reçurent que 75% de leurs dépôts. De plus certains administrateurs furent ruinés pendant que les actionnaires perdent leurs actions.

En résumé, la Banque du Peuple marqua l’entrée des canadiens-français dans le monde bancaire. Elle était née d’inspirations politiques, patriotique et commerciales. Elle répondit aux besoins de son temps mais autant elle fut conservatrice dans ses politiques durant les 50 premières années, autant elle échoua dans ses politiques durant ses dix dernières années.

Billet de 5 piastres de la Banque du Peuple, 1839.
Source : Wikipédia

Le monnayage de la Grande Mademoiselle, princesse de Dombes et cousine du Roi Soleil

ANNE-MARIE LOUISE D’ORLEANS DE BOURBON-MONTPENSIER (1627-1693) : UN PERSONNAGE HAUT EN COULEUR

Anne-Marie Louise d’Orléans, plus connue sous le nom de la « Grande Mademoiselle », est la fille de Marie de Bourbon-Montpensier et de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII.

Marie de Bourbon-Montpensier (1605-1627), mère d’Anne-Marie Louise, est la fille unique d’Henri de Dombes et d’Henriette Catherine de Joyeuse, naît le 15 octobre 1605.

En raison de la fortune de Marie de Bourbon-Montpensier, Henri IV fait signer un acte de mariage avec son deuxième fils, Nicolas duc d’Orléans, alors qu’elle n’est âgée que de trois ans. Nicolas meurt en 1611, si bien que Marie de Médicis, veuve d’Henri IV assassiné le 14 mai 1610, propose son troisième fils, Gaston, duc d’Anjou, pour remplacer le fiancé décédé.

L’union de Gaston et Marie a lieu à Nantes le 5 août 1626. Elle donne naissance, au palais du Louvre à Paris, à une fille le 29 mai 1627, Anne-Marie Louise d’Orléans de Bourbon-Montpensier, future Grande Mademoiselle, mais meurt à la suite de ses couches le 4 juin 1627, laissant l’usufruit de la principauté de Dombes à son mari Gaston, frère du roi de France Louis XIII (Louis XIII étant le père de Louis XIV, Gaston se trouve être l’oncle paternel du Roi Soleil.).

Gaston d’Orléans dit « le Grand Monsieur » (Pour le distinguer du frère de Louis XIII, Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, est appelé « le Petit Monsieur »), (1608-1660), le père d’Anne-Marie Louise, est le troisième fils d’Henri IV et de Marie de Médicis. Il reçoit le titre de duc d’Orléans après la mort de son frère Nicolas, en 1611. Il est alors fiancé la même année à la fille du duc Henri de Bourbon-Montpensier, Marie de Bourbon-Montpensier, qu’il épouse en 1626.

Marié contre son gré, Gaston d’Orléans porte peu d’affection à sa fille. Devenu veuf, Gaston est usufruitier pour sa fille jusqu’à la période 1650-1657. C’est un conspirateur né. Il soutient d’abord sa mère, Marie de Médicis, dont il est le fils préféré contre son frère Louis XIII. Il rentre en grâce en 1625, mais participe encore à la Journée des Dupes en 1630. Il est obligé de quitter le royaume, se réfugie en Lorraine et complote avec le Duc Charles IV dont il épouse, en 1632, la sœur, Marguerite de Lorraine (1615-1672) qui lui donnera trois filles. La Grande Mademoiselle prend en grippe sa belle-mère, Marguerite de Lorraine. Elle lui reproche de vouloir la dépouiller au profit de ses demi-sœurs à qui elle donne cependant toute son affection.

En 1641, Louis XIII envahit la Lorraine et casse le mariage de son frère.

A la fin du règne de Louis XIII, après la mort de Richelieu, Gaston se réconcilie avec son royal frère. Lorsque Louis XIII décède, il va être un des principaux acteurs de la Fronde entre 1645 et 1654.

Entre temps, en 1650, la Grande Mademoiselle est émancipée par Louis XIV.

En 1652, Anne-Marie Louise avait rejoint son père dans le clan des Frondeurs contre le pouvoir royal. Le 2 juillet 1652, lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine, elle avait fait tirer les canons de la Bastilles sur les troupes royales pour sauver son cousin le Prince de Condé, pour lequel elle nourrissait des projets matrimoniaux.

Cet épisode frondeur ruina sa réputation auprès du roi qui l’exila trois ans en Bourgogne (1652-1655), sur ses terres de Saint-Fargeau. Entre 1655 et 1657, elle visita ses provinces et écrivit ses Mémoires. Elle y raconte ses souvenirs comme une poignante confession. Elle brosse son portrait, confie ses états d’âme sans fausse pudeur. Encore lues de nos jours, ses Mémoires sont un témoignage important, unique de la vie d’une femme au XVIIe siècle, prisonnière de son éducation et de son rang. Là où les autres mémorialistes disent ce qu’ils ont vécu, elle, dit ce qu’elle a ressenti.

Le roi ne la rappela à la Cour qu’en 1657.

Après 1657, Gaston rentre en grâce et rend la Dombes à sa fille unique Anne-Marie.  Il meurt en 1660 en laissant ses collections à son neveu Louis XIV, « Roi Soleil », cousin germain de la Grande Mademoiselle.

En 1660, Mademoiselle de Montpensier, la plus riche héritière de France, achète le comté d’Eu (Elle s’installera au château d’Eu en 1677 et le transformera pour y aménager un jardin à la française.).

Son immense fortune attire à elle les plus brillants partis d’Europe. Elle faillit épouser nombres de princes et souverains, mais cela ne se fit pas à cause de son encombrante fortune, de son père et de son cousin royal qui étaient jaloux de ses prétendants, à cause aussi de la haute opinion qu’elle avait de son rang. Son cousin Louis XIV, qui avait onze ans de moins qu’elle, lui aurait convenu, mais Mazarin avait tout fait pour s’opposer à une telle union, s’attirant l’inimitié de la princesse.

En 1670 Anne-Marie, âgée de 43 ans, qui vit à la Cour auprès de son royal cousin y rencontre Antonin de Lauzun, duc de Lauzun et marquis de Puyguilhem (prononciation à la Cour de France : Péguilin), de six ans son cadet. Elle en tombe amoureuse folle.

Antonin est le fils de Gabriel Nompar de Caumont, comte de Lauzun et de Charlotte de Caumont La Force, fille d’Henri-Nompar de Caumont, duc de la Force.

Son père l’envoie auprès de son cousin le maréchal de Gramont qui le fait inscrire dans une des nombreuses académies militaires de Paris comme simple cadet de Gascogne.

Très rapidement, il devient le favori de Louis XIV, qui l’avait remarqué chez la comtesse de Soisson pour sa liberté d’esprit et son insolence et le nomme successivement gouverneur du Berry, maréchal de camp et colonel général des dragons. Etabli à la cour galante, les méchantes langues affirment qu’il entretient une liaison avec sa cousine Catherine Charlotte de Gramont, épouse de Louis Ier de Monaco.

Capitaine au régiment de Gramont, Turenne le fait nommer colonel-lieutenant du régiment de dragons-étrangers du roi, à partir du 23 janvier 1658 puis capitaine de la maison des gentilshommes de la maison du Roi du bec de corbin.

En 1669, le roi promet à Lauzun la charge de grand maître de l’artillerie de France, mais Péguilin a la maladresse d’ébruiter cela. Louis XIV revient alors sur sa promesse.

Lauzun a l’audace inconcevable de se glisser sous le lit de Madame de Montespan et du Roi car il veut connaître les causes de ce revirement. Lauzun comprend alors que Madame de Montespan l’a trahi et peu après, lors d’une rencontre la traite de « pute à chien ».

Une scène épouvantable s’ensuit : Lauzun brise son épée devant le Roi qui jette sa canne par la fenêtre « pour ne pas frapper un gentilhomme » (Selon les Mémoires du Marquis de Saint-Simon). Lauzun est envoyé quelques jours à la Bastille.

De retour à la Cour, il retrouve la faveur du Roi qui le nomme capitaine de la première compagnie des gardes du Roi. Puis, en 1670, il devient lieutenant général des armées. Il commande l’armée qui accompagne le Roi en Flandres.

Séducteur invétéré, il accumule les conquêtes féminines. La Grande Mademoiselle le demande en mariage. Louis XIV y consent, puis se ravise au bout de trois jours sans doute sous la pression de la Reine et des Princes du sang.

Cependant, il est probable que les deux amants se marièrent quand même, secrètement.

Peu après, le 25 novembre 1671, Lauzun est arrêté au château de Saint-Germain soit parce qu’il avait épousé secrètement la Grande Mademoiselle, soit sur l’intervention de Madame de Montespan qu’il avait outragée. Il est conduit et emprisonné à Pignerol. Il y séjourne jusqu’en 1681.

Pour tenter d’obtenir la libération de son bien-aimé, prisonnier à Pignerol, la princesse de Dombes propose de faire don à Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (qui sera légitimé en 1673 ), fils de Louis XIV et de Madame de Montespan : du comté d’Eu (Le comté d’Eu revient ensuite au duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, frère cadet du duc de Maine,en 1725.), de la baronnie de Beaujolais et de la principauté de Dombes (qui sera échangée le 28 mars 1762 contre le Duché de Gisors. A partir de cette date, la principauté de Dombes revient à la Couronne de France.) dont elle jouira jusqu’à sa mort.

« Personne n’ignore comment celle-ci, pour tirer de prison le comte de Lauzun qu’elle avait épousé en secret, se vit obligée d’abandonner sa principauté des Dombes à Louis XIV, qui en avantagea le Duc de Maine, un de ses bâtards légitimés (Poeys d’Avant, Les monnaies féodales françaises, Tome 3, p.86-87). »

Selon Le Fond de Dreux (registre parlementaire), la Grande Mademoiselle obtint cependant de la Couronne royale, le 2 février 1681, 1 600 000 francs de compensation pour la perte du comté d’Eu et de la baronnie de Beaujolais.

Cependant, en 1684, la Grande Mademoiselle et Péguilin se séparent.

Anne-Marie Louise d’Orléans meurt en 1693 (sans héritier), au palais du Luxembourg à Paris, laissant la principauté de Dombes au duc de Maine, comme convenu. Elle est inhumée en l’église abbatiale de Saint-Denis, dans le caveau des Bourbons. Son cœur est porté à la Chapelle Sainte-Anne de l’église du Val-de-Grâce (nommée aussi la « chapelle des cœurs » car elle renferme les cœurs embaumés de quarante-cinq rois et reines de France). En 1793, lors de la profanation du tombeau royal, son cœur disparaît.

LA PRINCIPAUTE DE DOMBES

La Dombes était au départ une seigneurie souveraine sur la rive gauche de la Saône en terre d’Empire. Pays relativement pauvre, avec des marais insalubres, la Dombes eut son destin changé par son rattachement aux domaines de la maison de Bourbon, en plusieurs étapes de 1400 à 1424.

« Les contrées dont elle fut formée firent d’abord partie du royaume de Bourgogne. Trévoux, qui devient sa capitale, ne fut primitivement qu’un village, et ce n’est guère qu’au commencement du XIVe siècle qu’il prit une certaine importance. Les sires de Villars, qui, en 1238, ajoutèrent à leur nom celui de Thoire, par suite du mariage d’Agnès de Villars avec Etienne II, sire de Thoire, en Bugey, furent les premiers maîtres du pays de Dombes. Ces seigneurs, soit par incurie, soit par indolence, ne soutinrent pas leur pouvoir et s’occupèrent peu de leurs intérêts, si bien qu’en 1402 Humbert VII, voyant l’abaissement de sa maison et n’ayant pas d’enfants auxquels il pût faire passer ses biens, vendit les seigneuries de Trévoux, d’Ambérieux et du Chatelard, avec toutes leurs dépendances, à Louis II, duc de Bourbon, qui possédait déjà une partie des Dombes, par suite de la cession qui lui avait été faite deux ans auparavant par Edouard II, sire de Beaujeu, mort sans enfants. La puissante maison de Bourbon ne put pas conserver sans interruption, pendant plus d’un siècle, la seigneurie de Dombes. Après la mort de Suzanne, Charles de Bourbon, comte de Montpensier, se vit disputer la succession par la Duchesse d’Angoulême, mère de François Ier, et en 1522 ses biens furent mis sous le séquestre. Un arrêt du parlement réunit (en 1527) les Dombes au domaine royal ; elles ne furent rendues qu’en 1560 à la famille des Bourbon-Montpensier, qui en jouit jusqu’en 1693, c’est-à-dire jusqu’à la mort de Mademoiselle d’Orléans (Poeys d’Avant, Les monnaies féodales françaises, Tome 3 (p. 86-87 ; planche XVI)). »

LE MONNAYAGE DE LA GRANDE MADEMOISELLE

Bien qu’Anne-Marie Louise, la « Grande Mademoiselle », eût été émancipée le 7 décembre 1650 par Louis XIV et pût donc jouir de la principauté de la Dombes et y exercer sa pleine souveraineté, on ne changea pas immédiatement les coins monétaires et on continua à frapper au nom de Gaston une série d’écus en argent et leurs fractions copiées sur la série créée en France en 1641. Il y eut même en 1652 un louis d’or sur lequel on garda les quatre L au lieu d’y mettre les quatre G de Gaston.

Dans la Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes (P. Mantellier, Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes, 12 rue Vivienne, Rollin, Paris, 1844, p. 75 ), nous pouvons lire : « Le 7 décembre 1650, mademoiselle de Montpensier ayant atteint sa vingt-troisième année, Louis XIV l’émancipa sous le conseil de Michel Langlois, avocat au parlement de Paris, et lui délaissa la jouissance de ses biens ; ce dont le duc d’Orléans et Mademoiselle donnèrent avis au parlement de Dombes, qui enregistra les lettres de sa Majesté. »

Suite à la Fronde, dans laquelle elle était appliquée, elle fut exilée de la cour de Louis XIV jusqu’en 1657 et voyagea à partir de 1655. Au cours d’un séjour à Lyon, elle visita sa principauté.

Son propre monnayage commença en cette période de 1657. Il se composait principalement de fractions de l’écu d’argent : des sixièmes (10 sols) et des douzièmes (5 sols), imitation du cinq sols créé en 1641 sous Louis XIII. Ces douzièmes d’écu d’Anne-Marie Louise, émis en grande quantité, sont connus sous le nom de demoiselles, mademoiselles (Anne-Marie Louise surnommée « La Grande Mademoiselle » ou « Grande Demoiselle, d’où le nom de « mademoiselle » ou « demoiselle » donné au « luigino ». ), ou luigini (« Luigino » est un mot italien qui signifie « petit louis ». Ce nom fait référence à différents souverains du nom de Luigi, soit Louis en italien.). Ils furent vite abondamment contrefaits pour être exportés dans le Levant (Empire Ottoman dont la Turquie et Arabie) où ils rencontrèrent un succès considérable car ils correspondaient au huitième de la pièce de huit réaux (Un réal, des réaux. ), qui était utilisée pour le commerce en Méditerranée, et servaient à réaliser des parures.

Ce cinq sols de Louis XIII sera aussi copié ou imité par beaucoup d’ateliers du sud de la France et d’Italie : par les grands seigneurs d’Orange, du Comtat, de Monaco ou de Neuchâtel, puis contrefaite en Italie par de très nombreux ateliers comme Arquata, Campi, Fosdinovo, Gênes, Livourne, Lucques, Malaspina, Mantoue, Spinola sous le nom de « luigino ».

L’atelier pontifical d’Avignon frappera aussi des « luigini » sous le pontificat d’Alexandre VII (1655-1667).

Les « luigini » frappés en Italie avaient un titre d’argent bien inférieur aux 1/12 d’écus frappés dans les ateliers monétaires français, ce qui a entraîné une méfiance vis-à-vis de cette monnaie, et sa disparition. Ce phénomène de contrefaçon poussa la monnaie de Trévoux à interrompre ses émissions de douzième d’écu.

En ce qui concerne la lettre A de l’atelier de Paris que nous retrouvons sur les monnaies d’argent de « la Grande Mademoiselle », une hypothèse avait été émise en 1848, par A.M. Alexandre Sirand, dans Monnaies inédites de Dombes (A.M. Alexandre Sirand, dans Monnaies inédites de Dombes, Imprimerie de Milliet-Dottier, Bourg-en-Bresse, mai 1848, p.84), « la lettre A que nous voyons sur cette monnaie de Mademoiselle, prouve qu’elle faisait frapper à Paris sans doute là tout était fabriqué ». En 2014, Arnaud Clairand de CGB, après des recherches très poussées, affirme : « l’atelier A est bien Trévoux même si les ordres sont donnés de Paris. »

Le conseil souverain de Dombes siégeait à Paris près de la personne de Mademoiselle. Ses attributions étaient à peu près celles du conseil d’Etat en France. En 1672, une nouvelle émission de pièces avait été ordonnée : par arrêt de l’année 1672, le conseil souverain avait ordonné une nouvelle émission de pièces d’argent : d’un quart d’écu (quinze sous ( « Sou », du latin « solidus », se dit « sol » en ancien français.) ou sols tournois), d’un demi-écu (En 1673, de nombreux demi-écu furent émis.) (trente sols) et d’écu (soixante sols ou 3 livres tournois), et de liards de billon (trois sols), à la charge de payer à Son Altesse Royale cinq sols par marc (poids de huit onces servant à peser les monnaies d’or et d’argent) pour la monnaie d’argent et trois sols pour les liards (P. Mantellier, Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes, 12 rue Vivienne, Rollin, Paris, 1844, p. 92).

La Grande Mademoiselle fit fabriquer par ailleurs des douzains (un douzain = un sol
tournois).

La monnaie d’argent de Dombes, qui présentait le profil de la princesse Anne-Marie Louise d’Orléans, était particulièrement appréciée car c’était une des rares monnaies à présenter une figure féminine.

Les monnaies de Mademoiselle, particulièrement celle de cinq sols, étaient de si bon aloi qu’elles eurent un cours très répandu, et que bientôt on les vit imitées par le prince d’Orange, le marquis de Fos di Novo, les Doria de Gènes et plusieurs princes d’Italie et d’Allemagne.

Des monnaies d’or auraient aussi été frappées sur ordre de la princesse de Dombes : des sequins imitant ceux des doges de Venise et des pistoles d’or, modules d’inspiration espagnole (escudo) plus petits que les écus ou louis français.

Il paraît que Mademoiselle s’attira des reproches du doge pour avoir imité les sequins
d’or de Venise au type de saint Marc (Manuels-Rouets, Nouveau manuel de numismatique du Moyen Age et Moderne, Rouets, Paris, 1851, p. 242).

 Les derniers ordres de frappes de monnaies de Dombes datent de 1673 et l’atelier ne semble pas avoir fonctionné au-delà de 1675.

En 1681, Mademoiselle céda la principauté au fils naturel de Louis XIV et de madame de Montespan, le duc de Maine, Louis Auguste Ier de Bourbon (Surnommé par ses détracteurs, le « Gambillard » car il boite, cf. Madame de Sévigné.) (1670-1736), élevé par Madame de Maintenon qui deviendra la deuxième femme de Louis XIV.

En 1693, à la mort de la Grande Mademoiselle, Louis Auguste Ier de Bourbon peut jouir des titres et privilèges de la principauté de Dombes conformément au contrat de 1681.

Contrairement à la princesse, Louis Auguste Ier de Bourbon réside dans son château de Trévoux, y rapatrie le Parlement de Dombes et favorise l’installation d’une imprimerie qui éditera les Mémoires de Trévoux.

Lorsqu’il décède, le 14 mai 1736, son fils aîné, Louis Auguste II de Bourbon (1700-1755), hérite de la principauté de Dombes.

En 1755, à la mort de ce dernier sans héritier, son frère cadet, Louis Charles de Bourbon (1701-1775) hérite à son tour, de la Dombes.

En 1762, il l’échange contre le duché de Gisors et les terres de Gretz-Armanville et Pontcarré, propriétés de Louis XV.

En 1762, la Dombes est donc acquise à la couronne de France sans que l’activité monétaire n’eût jamais été rétablie depuis 1675.

 

 

Remerciements aux collectionneurs passionnés, à Arnaud Clairand de CGB et à Jean Claude Laurin, créateur du blog Les monnaies de Dombes, à l’Académie de Dombes et à Carine Raemy-Tournelle, conservatrice au Musée monétaire cantonal de Lausanne (Suisse).

 

 

Monnaies et Détections, n°78, octobre-novembre, « Le monnayage de la Grande Mademoiselle, princesse de Dombes et cousine du Roi Soleil », pp. 36-42

Numibec, n°9, novembre 2014, « Le monnayage de la Grande Mademoiselle, princesse de Dombes et cousine du Roi Soleil », p. 5-14

Récit de la découverte d’un petit trésor

En 1997 j’ai acheté une maison à Beauharnois, c’était une reprise de finance qui datait de 1887.  Je ne l’ai pas payée cher mais il y avait énormément de travaux à faire.

Les planchers en bois franc, les murs et les plafonds en lattes de bois… Elle n’avait jamais été entretenue sauf pour la dizaine de couches de peinture…

J’ai fait remplacer toutes les portes et toutes les fenêtres.  On a mis du gypse partout et refait les planchers.

Dans la cuisine du logement au deuxième étage, il y avait un vieux plancher de bois franc et il y avait une bonne fente entre chaque planche.  Mon but était d’installer une feuille de contreplaqué ¼ à la grandeur et de recouvrir avec un prélart.

Il y avait avant tout des ajustements à faire sur le plancher car il craquait comme une maison de film d’horreur.  Je voulais élargir la porte entre le salon et la cuisine pour en faire une porte d’arche de 5 pieds de largeur.

Donc je démonte les moulures, le cadrage, le seuil….

Lorsque j’enlève le seuil, je remarque que j’ai accès sous le plancher de la cuisine.  Il y a un espace entre le plafond de rez-de-chaussée et le plancher du deuxième étage.  Environ 18 pouces de haut et c’est vide.

J’insère mon bras par curiosité et je touche à un genre de poudre….  J’en sort une poignée… c’est du bran de scie… À ce moment, je me dis « what the fuck… Kossé ça??? »

Je vais chercher une lampe de poche car on n’y voit foutrement rien.  Lorsque j’éclaire dans la partie accessible, c’est plein de bran de scie et de la poussière.  L’endroit où j’ai pris une poignée le premier coup, j’y vois une pièce ronde du genre morceau de boite électrique rond que l’on retrouve partout sur les chantiers de construction que les électriciens sèment partout…

Je ramasse le morceau, cool c’est un vieux 5 cents 1943. Je me suis dit qu’il avait surement tombé entre les planches du plancher il y a des lunes….

J’ai trouvé ça malpropre et les deux sections que j’avais accès étaient dégueulasses et j’ai décidé de les nettoyer poignée par poignée j’ai vidé ce que je pouvais rejoindre et les surprises ont continuées…

Dans la première section j’ai sorti une médaille de  sacré-cœur, un carton d’allumettes vide de la pharmacie Larose (fermé du temps que La Poune était encore d’actualité…) du change 1960-1970-1980 (quelques cents, 1 dix cents pis un vingt-cinq cents).

Sur l’autre côté, j’ai décidé de prendre la Shop Vac.  Après avoir ramassé sur le premier coté moins de 40 cents, une médaille rouillée et des cossins sans importance et avoir perdu une demi-heure je me suis dit « arrête de niaiser faut que ça avance ».

Donc 5 minutes plus tard et quelques « cling cling cling » qui sont passés dans le tuyau de la Shop Vac, j’avais presque fini lorsque le son de la balayeuse change tout d’un coup et puis elle se met à siffler… Bon…. Je viens de pogner quelque chose qui a bloqué le tuyau…

J’ai ressorti le tuyau et c’est une enveloppe qui est coincée de travers dans le bout qui fait siffler la balayeuse à se faire briser les tympans… Je tire dessus et je la lance au bout de mes bras…

Je fini mon ménage, coupe un bout de mur, nouveau cadrage, seuil neuf…. Je vais me coucher.

Le lendemain, j’en suis à poser mon contre-plaqué sur le plancher.  Je passe donc le balai avant de commencer et parmi le tas de débris, l’enveloppe trône fièrement sur le dessus pleine de poussières.  Je remarque qu’il y a quelque chose d’écrit sur l’enveloppe.  Je ne l’avais pas vu avant car elle est pleine de tache d’humidité et pas très propre, je la ramasse et je l’essuie.  C’est écrit très pale à la main « Thérèse » et elle est cachetée (je ne sais pas si c’est voulu ou si c’est l’humidité des années) mais je sens dans mes mains qu’elle est trop épaisse pour être vide.

Je me dis que c’est peut-être une lettre et que ça pourrait être intéressant à lire ou même savoir depuis quand ça se trouve sous mon plancher…

Je l’ouvre, elle contenait 10 billet de 25 cents 1900-1923 et rien d’autre… J’étais émerveillé et déçu en même temps.  J’aurais aimé en savoir plus mais comment me plaindre de ma découverte…

 

Plus tard j’ai repensé a tous les « cling cling cling » que j’avais entendu passer dans le tuyau pendant le nettoyage… J’ai donc vidé et trié le contenu complet de la foutu balayeuse.

Résultat…. 1 clou, quelques cailloux et 1 sou 1920 en bonne état.

J’ai su ensuite que le bran de scie servait d’isolation à l’époque.  Je ne sais pas ce qu’est devenu la médaille de sacré-cœur et Thérèse doit être introuvable aujourd’hui.

 

Un collectionneur anonyme

La monnaie des comptoirs de l’Inde française (Pondichéry)

Une puissance coloniale est un Etat qui envoie dans un autre pays, une réunion de personnes – femmes, hommes et enfants – afin d’y établir une présence pérenne et autonome, une colonie de peuplement, et d’y bâtir une société. Cette nouvelle société s’épanouit et se développe en particulier grâce à l’agriculture, à la chasse et au commerce.

La colonie de peuplement (Canada français) est différente du comptoir commercial colonial (Inde française) dont le but n’est pas de peupler, mais de faire des échanges commerciaux avec les commerçants locaux.

Monnayage colonial est le nom donné aux monnaies émises dans et pour ces territoires soumis à une métropole, à une puissance coloniale. La numismatique coloniale française couvre trois siècles d’histoire et un très vaste espace géographique.

Les comptoirs coloniaux français de l’Inde sont formés de l’ensemble des territoires et des bureaux généraux de commerce établis en différentes localités, que la France a maintenu dans la péninsule indienne jusqu’au milieu du XXe siècle.

À la fin du XVIe siècle, deux évènements vont révolutionner l’Occident et son commerce maritime : la découverte de l’Amérique et la découverte de la route des Indes qui avaient auparavant apporté beaucoup au niveau économique pendant l’Antiquité. C’est bien le commerce qui garantira le contact entre l’Orient et l’Occident, bien qu’il ne soit pas encore question de colonies, mais plutôt de rêve et de convoitises liés aux richesses inestimables relatées dans les récits des voyageurs, poussant même les Européens à braver l’inhospitalité maritime de la côte du Coromandel.

Cet attrait pour la richesse de l’Inde est source de nombreux conflits entre membres de l’Europe qui veulent s’approprier le contrôle des routes maritimes et des comptoirs, qui deviendront très vite des bastions fortifiés. Ce sont les Anglais qui finalement au XIXe siècle arriveront à asseoir leur domination, après les Portugais, les Hollandais, les Danois, les Suédois. Les Français n’obtiendront le contrôle que tardivement après de nombreux échecs.

Comptoirs, compagnies de commerce et monnayages coloniaux

En France, les comptoirs se développent aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment en Afrique occidentale pour la traite des Noirs et le commerce du coton, et en Inde (Pondichéry et Chandernagor) pour les indiennes de coton et les épices. Des comptoirs sont créés également en Amérique du Nord (par exemple, Tadoussac au Québec pour les fourrures et la morue).

Le comptoir colonial

C’est une structure coloniale à vocation commerciale permettant au pays qui le contrôle de s’assurer un approvisionnement en ressources provenant des régions environnantes. Ces mêmes régions peuvent en échange acquérir des produits provenant du pays contrôlant le comptoir. Le principe du comptoir est que le pays qui le contrôle exclut le peuplement ou le contrôle politique direct des régions avec lesquels le commerce est réalisé, son but étant de faciliter le commerce en permettant le développement d’infrastructures locales : routes, voies ferrées, ports, habitations, infrastructures d’entretien des navires, banques, correspondant à la technologie et aux standards du pays qui le contrôle.

Les pays qui contrôlent ces comptoirs acquièrent ainsi la capacité d’accéder directement aux matières premières ou autres produits introuvables chez eux comme l’or, le caoutchouc, les épices, etc. Historiquement, les comptoirs sont aussi les lieux de départ du commerce des esclaves, notamment en Afrique subsaharienne.

Étant organisés par un seul pays, les échanges métropole/colonies sont monopolistiques – en général opérés par une seule grande compagnie commerciale – et protectionnistes, les prix n’étant pas fixés sur la base d’un échange concurrentiel, le tout au bénéfice exclusif du pays possédant le comptoir. En raison de leur intérêt commercial, les comptoirs sont souvent l’objet d’attaque ou d’invasion par des puissances concurrentes cherchant à prendre le contrôle du commerce régional.

Certains comptoirs restent des lieux d’échange commerciaux mais d’autres sont une étape avant la colonisation complète des régions avoisinantes, comme le fit la France en Afrique.

Les compagnies de commerce

Elles s’occupent des échanges commerciaux et s’inscrivent au départ dans le système de John LAW, contrôleur général des Finances, qui voulait utiliser la mise en valeur de la Louisiane pour créer un système bancaire moderne avec du papier monnaie. Le système s’effondrera en décembre 1720. Law s’enfuira, les petits porteurs seront ruinés, la fabrication du billet sera abandonnée et la livre d’argent démonétisée en décembre pour 20 sous tournois après avoir valu 30 sols en avril.

En août 1664 est fondée la première Compagnie française des Indes Orientales (CIO) avec monopole exclusif pendant cinquante ans du commerce au-delà du cap de Bonne-Espérance dans l’Océan Indien et le Pacifique. Dotée d’importants privilèges financiers, elle doit créer dans l’île Dauphine (Madagascar) une colonie de peuplement et établir des comptoirs dans les Indes. Des établissements (Pondichéry et Chandernagor) y sont en effet fondés, mais le projet de peuplement de Madagascar n’aboutit pas. La CIO perd son privilège en 1682 mais garde son monopole de pavillon dans l’île.

La Compagnie française des Indes orientales, imaginée par Colbert, est créée par une déclaration royale de Louis XIV, enregistrée par le Parlement de Paris et complétée par des statuts qui en font une manufacture royale avec tous les privilèges associés, en particulier exemption de taxes, monopole exclusif du commerce dans l’hémisphère oriental, garantie sur trésor royal, pouvoir de nommer des ambassadeurs, de déclarer la guerre et de conclure des traités. Elle est dotée d’un capital initial de 8,8 millions de livres.

En 1720, à Paris, est frappée une monnaie française d’argent fin de 3,74 g équivalent à une livre tournois : une Livre dite de la Compagnie française des Indes.

En 1785, une nouvelle Compagnie des Indes Orientales est créée avec monopole commercial pour l’Inde, l’Indochine et la Chine. Elle prospère vite mais une des premières mesures révolutionnaires sera de décider sa suppression en 1790.

Les monnayages coloniaux

Ils sont nombreux et variés, en fonction de plusieurs éléments : le type de circulation monétaire, la culture monétaire de la puissance coloniale et la tradition monétaire locale. La circulation monétaire dans une colonie s’effectue sur trois niveaux : échanges entre colons, échanges entre colons et autochtones, échanges entre autochtones (ce dernier niveau tend à disparaître en raison de la fiscalisation progressive des échanges).

Les monnayages coloniaux présentent des différences importantes selon que les colonies sont des régions disposant d’une tradition monétaire locale forte, représentée par des espèces monétaires particulières et des pratiques monétaires anciennes (Inde) ou que se sont des régions sans économie monétarisée ou bien des zones où la monnaie traditionnelle est considérée comme trop primitive par les Européens.

On distingue donc deux types de zones : une zone sans tradition monétaire (Canada…) et une zone avec une vielle tradition monétaire (Inde…). Le grand Moghol d’Inde autorise les Français à battre monnaie, mais ils doivent copier les monnaies du pays où est implanté le comptoir. Le titre transmissible de nabab (prince) est donné au directeur du comptoir.

Les directeurs de comptoirs (gouverneurs) étaient considérablement riches et montraient de nombreux signes extérieurs de richesse d’où l’utilisation actuelle du mot « nabab » : homme riche qui fait étalage de ses richesses.

Le comptoir de Pondichéry connaît un essor spectaculaire

Dès la fin du XVe siècle, les Indes attirent les conquérants et les négociants européens ; Vasco de Gama et les premiers Portugais ont débarqué à Goa.

Les Britanniques ont suivi leurs traces dès 1600 en créant la « East India Trading Company » (EIC). Les Hollandais avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), créée le 20 mars 1602, font des affaires en or. Le royaume de France ne compte pas être en reste.

Dès 1659, Colbert au service du roi Louis XIV est très attentif à la question du textile.

Il s’est intéressé aux efforts de ses prédécesseurs à l’époque d’Henri IV, pour développer la culture de la soie. Il sait que la communauté arménienne de Marseille, par ses liens avec l’Orient, importe des indiennes : ces cotonnades légères et fines qui plaisent par leurs couleurs gaies.

Une indienne de coton

Les indiennes de coton sont un enjeu important pour Colbert. La Compagnie française des Indes orientales (CIO) vise d’abord cette activité, alors que le commerce du poivre est dominé par la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC).

Lorsque la CIO prend son essor, de Pondichéry et Calcutta, 8 à 10 vaisseaux chargés de tissus arrivent annuellement à Lorient, port important dans l’histoire des indiennes de coton en Europe.

En 1669, Colbert crée le port franc (suppression des frais de douanes) de Marseille où des Arméniens s’installent à sa demande, pour apprendre aux Marseillais à peindre les cotonnades et à les approvisionner. En 1685, un édit interdira aux marchandises du Levant d’entrer dans le royaume par un autre port que Marseille qui se retrouvera ainsi en situation de monopole.

En 1673, le vaste empire de Louis XIV s’étend considérablement avec le comptoir de Chandernagor et l’achat par un militaire français pour le compte de la jeune compagnie française des Indes orientales, d’un village côtier du nom de Puducherry, en anglais Pondicherry puis Pondichéry.

Autour de la ville de Pondichéry, s’étendent les ruines d’Arikamedu, ville archéologique dont le port servait au commerce avec l’Empire Romain : l’Inde exportait de la soie, des épices, même des oiseaux, des lions, des éléphants en échange de l’or.

Pondichéry est une simple petite bourgade de pêcheurs, mais la zone est favorable pour le commerce car la proche embouchure d’une rivière permet de pénétrer aisément à l’intérieur du pays et les tisserands sont nombreux dans la région.

Sher Khan Lodi, gouverneur de la région au nom du sultan de Bijapur, effectue la transaction avec les Français car il veut casser le monopole arrogant de la compagnie hollandaise (VOC).

Pondichéry sert d’abord de point d’appui pour ravitailler les troupes de l’escadre française (escadre de Perse) partie pour les Indes orientales à la fin du XVIIe siècle. L’escadre assiégée près de Madras, en 1674, par les Hollandais et le sultan de Golconde, capitule. Elle est rapatriée en Europe, mais quelques dizaines de Français groupés autour de François Martin demeurent à Pondichéry.

Cette bourgade deviendra le principal comptoir français en Inde devant Chandernagor et devant les comptoirs qui seront créés sous le règne de Louis XV : Mahé, 1721, Yanaon, 1723, Karikal, 1738.

Diverses « loges » dans plusieurs villes (Balasore, Cassimbazar, Yougdia, Dacca, Patna, Masulipatam Calicut, Surate…), des « factoreries » (villages de tisserands où l’on blanchit les toiles transformées à partir des matières premières produites autour du village) et quelques « terrains » viendront s’ajouter à ces comptoirs.

Loges : lieux de commerce français, parfois simples entrepôts, installés dans des petites localités de l’Inde peu peuplées. La France possédait 12 Loges en Inde occupant au total 4 km² avec 2 000 habitants.

Afin de ne pas déstabiliser l’économie locale, le monnayage colonial français va s’inspirer du monnayage de la région qui est une zone de vieille tradition monétaire.

Le monnayage indien local est constitué de la pagode d’or et de la roupie d’argent.

De nombreuses pièces sont frappées en Inde française pour ces comptoirs : des pagodes d’or, des roupies d’argent, des doubles fanons (argent, 2,92 g, 14mm), des fanons (argent, 1,45 g, 13 mm), des ½ fanons en argent (0,76g, 9 mm), des 4 royalins (argent, 2,80g, 14 à 15mm), des 2 royalins d’argent, des doudous, des ½ doudous (bronze, 2g à 2,5g, 11 à 15mm), des biches (bronze, 6, 43g, 19 mm), des ½ biches (bronze, 3,5 g, 13 à 14 mm), des ¼ de biches pour Mahé (bronze, 1,4 g, 10 à 11 mm) et des caches (bronze, 2g, 11 mm).

Le monnayage colonial français en Inde varie dans le temps :

Le fanon (forme française de fanam) est une monnaie d’argent des Indes françaises, frappée à Pondichéry et à Mahé au début du XVIIIe siècle. Le cours officiel du fanon est alors de 1/26e de pagode, mais le cours réel est de 1/32e.

Le fanon se décompose en 16 doudous ou 64 caches (cashs) ; il faut 7,5 fanons pour faire une roupie de Pondichéry (4 caches ou cashes (bronze) = 1 doudou (bronze) ; 16 doudous ou 15 biches (bronze) = 1 fanon/fanam (argent) = 2 royalins ; 26 fanons = 1 pagode d’or).

Le cours officiel du fanon est fixé à 1/24e de pagode en 1817. Le fanon vaut un huitième de roupie de Pondichéry ; en 1853, la valeur du fanon est fixée à 24 caches (8 fanons = 1 rupee/roupie de Pondichéry, 24 fanons = 1 pagode d’or, 1 fanon = 3 doudous, 1 fanon = 15 biches et 1 fanon = 24 caches).

Le doudou est une monnaie de bronze des Indes françaises, valant 4 caches ou un tiers de fanon. On a frappé des doudous et des demi-doudous à Pondichéry, qui portent une fleur de lis et le nom de l’atelier en tamoul, et à Karikal avec, en tamoul, Karikal au droit et Pondichéry au revers.

La Biche (de païsa) est une monnaie des Indes françaises frappée à Pondichéry et Mahé, et qui vaut un quinzième de fanon.

Le cache ou cash est une petite monnaie de bronze qui circule dans les territoires français des Indes.

Les gouverneurs de Pondichéry, acteurs de l’essor des comptoirs français

En 1685, François Martin est nommé « Directeur de la côte de Coromandel [Pondichéry, Karikal], Bengale [Chandernagor], et des lieux du Sud où la Compagnie porterait son commerce ». C’est lui qui, en posant les bases de la future prospérité du comptoir, sera le véritable fondateur de Pondichéry.

La défense du comptoir est une grande préoccupation des directeurs de la Compagnie française. Ils obtiennent assez rapidement le droit d’entretenir des troupes sur le sol indien. Elles sont peu nombreuses, quelques centaines d’hommes, mais grossies de plusieurs milliers d’Indiens encadrés et armés à l’européenne : les Cipayes.

De 1702 à 1704, ils remplacent le petit fort dit « barlong » par l’énorme fort Saint Louis, édifié sous la direction d’un ingénieur militaire et dont le plan est copié sur celui de Tournai, aménagé quelques années plus tôt par Deshoullières. C’est un ouvrage défensif considérable, considéré par les militaires indiens comme la meilleure citadelle européenne dans le pays.

Les frictions avec les Hollandais, implantés dans la région depuis bien plus longtemps que les Français, et la mort de Martin en 1706, ralentissent le développement de la ville, sauf sur le plan urbanistique, puisque ce sont les occupants hollandais qui donnent à Pondichéry, reconstruite par leurs soins de 1693 à 1700, son plan si exceptionnel en damier.

Il faut attendre la fin des guerres de Louis XIV et l’arrivée de Pierre-Christophe Lenoir en 1726 pour que les affaires reprennent. La ville s’embellit et voit fructifier les fruits de sa croissance.

La ville, qui se situe dans la tradition portugaise, combine port, factorerie et fort, et fait une distinction entre la « ville blanche », bien dessinée, et la « ville noire ». En bordure de mer, sur la dune la plus élevée, est édifié le fort, et de part et d’autre la « ville blanche ». Les Français sont attachés à l’urbanisme. Un officier note en 1730 : « Cette ville a beaucoup gagné, jadis les gens du pays construisaient leurs maisons en bois ou en terre ; M. [le gouverneur] Lenoir imposa de ne bâtir qu’en brique et de ne couvrir qu’en tuiles, et on construisit des maisons magnifiques et en quantité. »

La ville est rapidement réputée pour sa beauté, les bâtiments publics participant pour beaucoup à sa renommée. L’hôtel de la compagnie est un monument majestueux, rappelant les plus nobles édifices de la métropole, avec des toits en terrasse et des ailes en retour. Il en est de même de l’Hôtel de la monnaie et des églises, en particulier celle des Jésuites.

En 1735, Pondichéry est dirigée par Benoist Dumas. C’est une ville prospère de 100000 à 120000 habitants : chrétiens, musulmans, hindous. Les Européens sont fondamentalement minoritaires dans la ville, puisqu’ils ne seraient pas plus de 700 vers 1730.

Le territoire dominé par les Français autour de la ville est formé au milieu du XVIIIe siècle, de quatorze enclaves mal reliées entre elles car acquises au hasard des circonstances, mais totalisant une superficie de 29 000 hectares.

En 1738, le gouverneur Pierre-Benoît Dumas (1735-1741), un fin diplomate qui sera élevé au rang de nabab par le Grand Moghol, initie une campagne d’expansion des territoires français par la négociation. Il traite ainsi avec le râja Sahujî de Tanjore pour obtenir la zone de Karikal, la forteresse de Karakalcheri et cinq villages pour 40 000 chakras (petites monnaies en or sous forme de boules).

Karikal est un gros bourg de 5000 habitants au XVIIIe siècle qui présente un double avantage : il permet le ravitaillement de Pondichéry en riz et autres produits alimentaires grâce à sa position au coeur d’une région fertile et il abrite des tisserands réalisant les toiles bleues propres pour le commerce de la côte d’Afrique.

Les loges situées au nord de Pondichéry, à Mazulipatam et Yanaon sont de simples entrepôts pour l’achat des cotonnades. Pondichéry est aussi en relation beaucoup plus au nord (2 000 km) avec l’établissement français de Chandernagor. Ce petit comptoir (940 hectares) est très actif pour le commerce car il est situé sur un bras du delta du Gange, c’est-à-dire une grande voie navigable vers la très riche région du Bengale.

Le commerce est plus développé que jamais, avec la France mais aussi jusqu’en Extrême-Orient et en Chine, à tel point que cet essor commence à susciter l’envie des Britanniques, qui n’entendent pas partager leur puissance sur l’Inde asservie.

En 1742, un nouveau gouverneur, Joseph-François Dupleix, jeune homme ambitieux marié à une jolie métisse euro-indienne issue de l’aristocratie locale de Java, Jeanne Albert de Castro, est nommé gouverneur. C’est lui qui doit régler les retombées de la guerre de succession d’Autriche (1740-1748) opposant en Europe les Anglais et les Français. En 1748, pendant la guerre de Succession d’Autriche, Pondichéry est défendue avec brio par Dupleix qui résiste à un long siège anglais, terrestre et naval. Il faut préciser que toute la ville est entourée d’une enceinte fortifiée (construite de 1724 à 1747), précédée de bastions garnis d’une forte artillerie.

Dupleix : En hommage, à Paris, son nom est donné à une station de métro (ligne 6) ainsi qu’à une rue située dans le XVe arrondissement.

Dupleix mène Pondichéry à son firmament, en effet c’est sous son mandat, et grâce à lui, que Pondichéry connaît son apogée. Grâce à ses victoires militaires contre les Britanniques, il étend le territoire autour de la ville et dans le sud de l’Inde.

En 1746, les Français menés sur mer par La Bourdonnais (gouverneur de l’Ile-de-France) et sur terre par Dupleix, repoussent la flotte anglaise et s’emparent de Madras. Les Anglais contre-attaquent mais Dupleix réussit à garder Madras. Le grand comptoir anglais est cependant rendu à l’Angleterre en 1748, suite au Traité d’Aix-la-Chapelle, contre la restitution à la France de la forteresse de Louisbourg en Amérique.

La prospérité commerciale de la ville se poursuit plus que jamais après la guerre. Dupleix, qui dirige la ville depuis 1742, profite de l’éclatement de l’empire Mogol pour étendre l’influence française dans le sud de l’Inde.

Au fil du temps, les directeurs de la Compagnie ont réussi à se faire concéder par l’empereur moghol des droits considérables. Outre l’entretien d’une armée locale, ils peuvent percevoir tous les impôts déjà existants, de quelque nature qu’ils soient, c’est-à-dire les taxes foncières, douanières et autres contributions indirectes ; ils peuvent aussi en créer de nouveaux ; ils ont le droit d’exercer la politique et la justice, de battre monnaie, d’affermer les terres domaniales et ils ne sont soumis au contrôle d’aucun représentant du Mogol. On peut considérer qu’en 1750, Pondichéry qui vit sous l’autorité d’une compagnie active et sous le pavillon du roi de France, est une ville étrangère sur la côte indienne, face à l’autorité de plus en plus faible du pouvoir mogol.

Dans cette Inde aux richesses tant convoitées, Dupleix réalise combien la position des comptoirs demeure précaire tant qu’ils se limitent au commerce et se privent d’une assise locale plus solide. Sa politique, destinée à accroître l’influence française dans les affaires intérieures indiennes, porte rapidement ses fruits : Pondichéry devient une cité réputée et fastueuse où l’argent coule à flots. Les commerçants s’enrichissent, ce qui ne manque pas de provoquer la suspicion et la jalousie des élites commerçantes restées en France.

Dupleix exerce aussi une influence considérable dans les affaires des princes et souverains de la région.

Il met au service des princes indiens qui cherchent l’alliance française, les redoutables troupes de cipayes bien commandées par son adjoint Charles Joseph Patissier de Bussy-Castelnau.

L’essor de Pondichéry est donc spectaculaire, à l’image de tout le commerce colonial français depuis 1720. La Compagnie française des Indes est une affaire très rentable dont les progrès inquiètent de plus en plus sa rivale, la Compagnie anglaise des Indes orientales.

Pondichéry, un comptoir très convoité

Les rivalités entre la Compagnie française des Indes orientales (CFIO) et la Compagnie anglaise des Indes orientales (CAIO) s’aggravent.

Dupleix se heurte aux Anglais qui sentent leurs positions menacées et soutiennent eux aussi de leurs côtés des princes indiens rivaux. Il s’ensuit une guerre non déclarée qui dure jusqu’en 1754 et mobilise de plus en plus de moyens, au point que la Compagnie des Indes, déjà ébranlée par les dépenses du conflit précédent, finit par être déficitaire.

Les actionnaires de cette dernière, soucieux de leurs intérêts commerciaux, décident de désavouer Dupleix et de le rappeler en France à la faveur d’un échec militaire sans grande conséquence, mais savamment orchestré par la compagnie anglaise. Dupleix quitte l’Inde le 14 octobre 1754 emportant avec lui ses rêves d’une Inde française. Le ministre de Louis XV, Machault, est le principal responsable de ce renvoi qui a pour but de tenter d’amadouer Londres et d’éviter un conflit.

La neutralisation de Dupleix est l’un des facteurs qui va permettre ensuite aux Anglais de lancer la guerre de sept ans, laquelle leur fera obtenir le reste de l’empire colonial français.

Son remplaçant, le commissaire spécial Charles Godeheu est chargé de traiter avec les Britanniques.

Le 26 décembre 1754, il signe avec eux un traité par lequel il abandonne les conquêtes de Dupleix, ce qui est conforme à la vision purement commerciale de la compagnie, mais qui laisse le champ libre aux Anglais qui étendent leur influence en Inde à la place des Français.

La guerre reprend assez rapidement. Les forces françaises commencent par remporter quelques victoires en 1758, mais après plusieurs combats, à bout de force, elles capitulent le 16 janvier 1761. Convoitée par les troupes anglaises, jalousée par les marchands des autres comptoirs de la Compagnie française des Indes qui l’abandonnent, Pondichéry est ravagée par les flammes britanniques de fond en comble par le gouverneur Pigott. La ville est entièrement rasée.

La France ne récupère son comptoir qu’en 1765, après la signature du Traité de Paris de 1763. La ville, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, se relève très lentement. Tout est à reconstruire.

En 1778, lorsque la guerre reprend entre la France et l’Angleterre (Guerre d’indépendance américaine), les fortifications ne sont pas encore totalement reconstruites.

Le 10 août 1778, après un combat indécis, les forces françaises se replient laissant la victoire aux Anglais et Pondichéry est conduite à la capitulation le 17 octobre 1778 malgré la défense énergique du gouverneur de Bellecombe. La ville est pillée une nouvelle fois puis à nouveau abandonnée en 1781.

Le traité de Paris de 1783 rend nombre de places françaises qui furent cédées aux Britanniques au cours des conflits qui virent s’affronter la France et la Grande-Bretagne en Inde.

En août 1793 et jusqu’en 1814 (pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes), Pondichéry tombe une fois de plus aux mains des Anglais et toute construction reste au point mort.

Un recensement poussé des Français en Inde est effectué par les Anglais en 1796. Il débouche sur une déportation tragique vers la France, de nombreux Français, par le vaisseau « Le Triton ».

Les Français récupèrent le contrôle total de Pondichéry seulement en 1816, sans jamais cependant y retrouver la gloire de jadis, avec interdiction d’y posséder fortification et garnison (police seule autorisée).

Au XIXe siècle, la ville apparait comme une enclave française dans un pays désormais entièrement dominé par les Britanniques. Elle n’a plus d’importance militaire, mais connait un bon développement économique. Beaucoup de bâtiments ont été érigés au cours du XIXe siècle marqué par l’arrivée de l’eau courante et les liaisons de chemin de fer avec les colonies britanniques.

Pondichéry sert d’escale vers l’Indochine où se focalise l’intérêt de la France en Asie pendant le XIXe siècle.

A partir de 1848 et suite au traité de 1783, les droits de la France sont confirmés et cette dernière administre directement les habitants français de l’Inde : un gouverneur, un député et un sénateur y représentant l’État. Tous les habitants des comptoirs sont déclarés citoyens français, à la faveur de la Révolution de 1848 et de l’abolition de l’esclavage.

Pondichéry et les autres comptoirs sont donc représentés au Parlement français sous la Troisième République.

Une longue et difficile récupération des comptoirs français par l’Union indienne (1946-1956) s’engage.

En juillet 1940, les comptoirs se rallient au général de Gaulle, mais doivent accepter d’être intégrés dans une union douanière avec l’Inde britannique.

Alors que l’Inde se prépare à l’indépendance, les comptoirs français, peuplés d’environ 300 000 habitants, deviennent le 27 octobre 1946 un territoire d’outre-mer avec un statut particulier : ils sont représentés par un député et deux conseillers de la République. La nouvelle assemblée représentative locale ne tarde pas à s’élever contre les fonctionnaires métropolitains et à demander la fusion avec l’Inde nationale.

De son côté, l’Union indienne, devenue indépendante le 15 août 1947, réclame le retour des comptoirs coloniaux français mais rejette leur transformation en villes libres. L’Union indienne désire que ces villes soient indiennes, c’est-à-dire sous contrôle politique indien.

Les relations avec la France se tendent encore lorsque le ministre Marius Moutet chargé du dossier, déclare que les « établissements de l’Inde sont partie intégrante de la République et [que] l’on ne peut admettre, même à échéance très lointaine, l’éventualité d’un rattachement avec l’Inde. »

Mais la France, déjà engagée dans une guerre en Indochine, ne peut se permettre une crise majeure avec l’Inde, ce qui pousse le ministre des affaires étrangères, Georges Bidault, à faire prévaloir la négociation.

Le 28 juin 1948, la France s’engage à restituer les comptoirs à l’Inde après référendum dans chacun d’entre eux. Chandernagor, située dans la banlieue de Calcutta organise immédiatement celui-ci, ce qui aboutit à la cession de la ville à l’Inde dès août 1949. La situation est plus compliquée dans les autres comptoirs, car le gouvernement indien met en place un blocus douanier et policier qui interdit toute relation entre les différents comptoirs. Le gouvernement indien durcit encore sa position en exigeant la cession pure et simple des comptoirs, ce que le gouvernement français refuse par crainte d’un effet de contamination sur l’Indochine.

Le blocage dure de 1952 à 1954 alors que la situation se dégrade, puisque le parti socialiste local se transforme en Congrès de la libération et constitue un gouvernement provisoire de l’Inde française libérée.

Les nationalistes indiens récupèrent Yanaon le 13 juin 1954 et Mahé le 16 juillet alors que Pondichéry « résiste » encore grâce à l’envoi par le gouvernement Laniel de 50 gardes mobiles, ce qui provoque une très vive protestation de l’Inde.

Le nouveau gouvernement français de Pierre Mendès France tente de sauver la face : le référendum rejeté par l’Inde est remplacé par une consultation des conseillers municipaux qui votent le rattachement à l’Inde par 170 voix contre 8. Ce vote est complété par un accord franco-indien, non publié au Journal Officiel, qui prévoit la prise en charge de l’administration des comptoirs par le gouvernement indien. Ce vote est suivi d’un traité signé le 28 mai 1956 qui entérine la cession de souveraineté.

Le gouvernement du général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, fait patienter l’Inde jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie pour faire ratifier le traité par le Parlement (août 1962).

Pendant une période de six mois, les habitants des comptoirs ont la faculté d’opter pour la nationalité indienne ou française, selon leur domiciliation au moment du transfert, et suivant les modalités du traité, ou de ne rien faire ce qui entraîne la perte de l’ancienne nationalité.

Trois siècles de présence française s’achèvent ainsi après une longue période de transition vers l’indépendance. L’Union indienne devenue officiellement indépendante en 1947 aura mis presque dix ans pour récupérer cette petite enclave française.

L’historien Charles-Robert Ageron (historien spécialiste de la décolonisation) jugeait sévèrement cette longue période de transition vers l’indépendance : « les établissements français, qui auraient pu constituer des plates-formes naturelles d’expansion culturelle et commerciale, furent liquidés sans compensation, au terme d’un combat retardateur imposé par l’incapacité des gouvernements à tourner la page. »

Aujourd’hui, Pondichéry reste une ville à part dans le vaste paysage indien. Les traces du passé demeurent toujours visibles : le français côtoie le tamoul sur les pancartes des rues ; les gendarmes portent haut leur képi rouge ; le lycée français, avec ses 1300 élèves est le plus important des établissements de cette région ; une boulangerie fabriquant des baguettes et des chocolatines fournit chaque jour les Franco-pondichériens, et il n’est pas rare de trouver quelqu’un qui, dans la rue, salue les Français de passage d’un « bonjour messieurs-dames ! ».

Remerciement aux collectionneurs passionnés pour les illustrations.
Monnaies et Détections, n°82, juin-juillet, « La monnaie des comptoirs de l’Inde française (Pondichéry), 1ère partie », pp. 36-41
Monnaies et Détections, n°84, octobre-novembre, « La monnaie des comptoirs de l’Inde française (Pondichéry), 2nde partie », pp. 30-33
Numibec, n°3, janvier 2016, « La monnaie des comptoirs de l’Inde française (Pondichéry) », p. 32-49

Le monnayage carolingien des Ducs de Normandie

Pourquoi et comment les monnaies des Ducs de Normandie ont-elles été créées?

La formation du duché de Normandie

Charlemagne meurt en 814. Il laisse un véritable empire : en moins de cinquante ans, cet empire, partagé entre les successeurs de Louis le Pieux, a éclaté. Les royaumes qui subsistent évoluent au gré des conflits, des ententes et des partages, avec la pression des envahisseurs normands.

Après le décès de Louis II le Bègue en 879, le royaume carolingien est divisé en trois, suite au partage de Ribemont (880) : à l’Ouest, est créée la Francie occidentale dirigée par Charles III le Simple, petit-fils de Charles le Chauve, et à l’Est, est créée la Francie orientale dirigée par Louis III le Jeune et Carloman ; une petite partie du royaume de Louis II est prise pour créer la Basse Bourgogne, une entité politique indépendante.

La partie Nord-Ouest de la Francie occidentale qui sera le futur territoire de la Normandie, entre 800 et 911, est une zone d’implantation scandinave. Cet espace sert de lieu de passage et d’échanges. En 840, d’importants groupes de Normands s’installent durablement. En 880, lors de la signature du Traité de Ribemont, c’est le Normand Rollon qui dirige ces groupes (Selon le moine Dudon de Saint Quentin qui a écrit un ouvrage intitulé Sur les mœurs et les actes des premiers ducs de Normandie, Xe siècle). Il est Jarl (duc de guerre) des Normands.

En 911, Charles III le Simple, toujours roi de Francie occidentale, décide de passer un accord avec le Normand Rollon : le Traité de Saint-Clair-sur-Epte est signé entre les deux hommes. Le Comté de Normandie est donc créé, il va prendre le nom de Duché de Normandie car son dirigeant, Rollon, est duc de guerre (dux bellorum).

Rollon s’engage à protéger ce vaste territoire qui s’étend de la Basse-Normandie actuelle à la Bretagne, face aux attaques fréquentes des Vikings. Charles le Simple perpétue par ce traité, une tradition inaugurée par Charlemagne, soit la division de son territoire en comtés, ce qui lui permettait de facilliter la gestion d’un aussi vaste territoire. En effet, le territoire de la Francie occidentale, une partie de l’immense empire carolingien divisé après le décès de Charles II le Chauve en 877, s’étend des côtes de la Mer du Nord aux contreforts pyrénéens ariégeois. Avoir une aide pour protéger quotidiennement les territoires du Nord, facilite la charge du pouvoir. Durant une période de cinquante ans, la situation politique est très instable non seulement à cause des attaques incessantes des Vikings mais aussi à cause des querelles d’héritage.

Rollon, premier duc de Normandie, va protéger le territoire de la Normandie jusqu’à sa mort. Son fils, Guillaume Ier -Longue-Epée hérite du comté de Normandie, en 927. C’est à partir du règne de Guillaume Ier que commencent à apparaître les premières monnaies en argent. Ces dernières vont se développer sous les règnes de ses successeurs : Richard Ier, Richard II (Richard II sera le premier à afficher son titre de DVX sur ses monnaies), Richard III, Robert Ier le Magnifique et sous celui du fils illégitime de celui-ci, Guillaume le Bâtard, futur Guillaume le Conquérant, légitimé par testament en 1035.

Guillaume le Bâtard, après la mort de son cousin éloigné, Edouard Ier le Confesseur, roi d’Angleterre qui n’a pas de fils, va devoir se battre pour conquérir le trône anglais, selon le souhait d’Edouard Ier. Cela fait qu’à partir de 1066, avec Guillaume le Conquérant, les ducs de Normandie sont également rois d’Angleterre.

Le duché de Normandie est en situation de Marche-frontière entre les royaumes anglais, germanique et danois. Les ducs doivent avant tout assurer la protection du territoire normand puis du reste de la Francie occidentale face aux raids des Vikings et des Danois.

Le terroir normand fait partie des terroirs les plus prospères de l’époque : important terroir agricole pour la production de vin, de céréales mais aussi pour la production de plantes textiles. La Normandie est au cœur d’une grande zone de production et d’échanges où les relations commerciales entre la Francie occidentale, les royaumes anglo-saxons et le royaume du Danemark sont intenses. C’est donc dans un territoire où les activités commerciales sont importantes que prend place la lente évolution du numéraire normand.

L’évolution du denier carolingien du duché de Normandie

Historique des monnaies de Francie occidentale

Cette évolution s’explique par l’importance de plus en plus croissante des échanges en monnaie sonnante et trébuchante. Si pendant longtemps, les échanges au sein de l’empire carolingien se sont réduits à un paiement des taxes en monnaie réelle, les échanges commerciaux entre les populations se sont basés sur le système du troc.

Charlemenagne et ses successeurs avaient intensifié la monétarisation des échanges ainsi que l’harmonisation des poids et mesures royaux puis impériaux. Sous les Carolingiens, le système de la livre d’argent, du sou et du denier s’étend à toute l’Europe occidentale (Le système carolingien fonctionne comme suit : 1 livre = 20 sous = 240 deniers ; 1 sou = 12 deniers. Ce système monétaire sera aboli en France par la Révolution avec la création du franc germinal par Napoléon Ier, puis en Angleterre en février 1971 !). La seule monnaie qui circule est le denier en argent. La livre de Charlemagne pèse 409 gr et donne, après la réforme monétaire de 794, un denier d’argent ayant un poids de 1.70 gr pour un titre de 800‰. Cette monnaie carolingienne est essentiellement tournée vers l’espace commercial du Nord où la livre germanique pèse seulement 244.5 gr. Le denier sert de monnaie commune : son nom est per denarata, soit une monnaie pour la denrée. On échangeait donc un denier pour recevoir une denrée.

Les deniers frappés dans les ateliers officiels comme Melle ou Rouen sont tous du même poids et titre (1,54 gr ; 950‰ (Le denier d’argent est moins lourd mais plus titré que sous Charlemagne.)), jusqu’au milieu du règne de Charles le Chauve. Cependant, par la suite, on assiste à un changement du poids et titre dû à l’Edit de Pîtres de 864, en fonction des dévaluations.

Le monnayage officiel connaît de nombreuses dévaluations qui conduisent le denier à ne plus peser que 1.25 grammes à la fin du Xe siècle (F. Dumas, Le Trésor de Fécamp et la monnaie sous les derniers carolingiens, Compte-rendus des séances de l’Académie des Belles-lettres, 115e année, N°3, 1971, p. 576 ) et son titrage est proche des 750‰.

Ce monnayage de Charles le Chauve (pièce n°1) sert de modèle aux monnaies régionales, donc à celles du Duché de Normandie.

Les monnaies normandes

Les frappes monétaires normandes commencent avec les deniers du deuxième duc de Normandie, Guillaume Ier-Longue-Epée, qui reprend à son compte le monnayage de Charles le Chauve et continuent avec le troisième duc, Richard Ier Sans Peur, fils de GuillaumeLongue-Epée (ateliers de Rouen et d’Evreux). Ces premières monnaies présentent un titre et un poids proches du denier royal de Charles III le Simple, de celui de Robert Ier, de Raoul et de Louis IV d’Outremer. Ainsi, le revers du denier de Richard Ier est une déformation du temple carolingien dont les colonnes en I ont été remplacées par un X et dont les degrés sont réduits à un simple trait (Il existe des deniers avec un point dans le fronton, et d’autres sans point dans le fronton comme celui-ci.). Cette reprise du monnayage officiel permet aux ducs d’asseoir leur légitimité sur un territoire juste donné (Traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, complété par un autre traité qui octroie aux ducs de Normandie le droit de battre leur propre monnaie, en 943 (Poey d’Avant, Les monnaies féodales, Tome 1, Paris, Editions des Chevaux légers, 2002, p. 17. )).

Le droit monétaire, réservé jusque-là à l’autorité royale, se retrouve donc dans les mains des comtes et des évêques devenus de plus en plus indépendants vis-à-vis de l’autorité royale. Cette volonté d’affirmation politique vis-à-vis de l’autorité royale passe par l’accaparement du droit de battre monnaie. Ce droit qui appartenait uniquement à l’autorité carolingienne est donc de plus en plus accaparé par les ducs mais aussi par les évêques.

Chacun agit librement dans son domaine puisque le champ d’action monétaire est limité à un territoire précis. Ainsi, chacun peut développer son propre système monétaire en copiant le type royal et en lui associant un poids et un titre indépendants. C’est dans ce contexte politique et économique en mutation que prend place une lente évolution du monnayage local. Ainsi, le Trésor monétaire de Fécamp recense de très nombreuses monnaies provenant de l’atelier de Rouen (6044 deniers d’argent). Ces deniers de Rouen affichent un titre et un poids de plus en plus élevés : F. Dumas, spécialiste du Trésor de Fécamp, explique que les deniers de Rouen pesaient entre 1,25 gr et 1,42 gr avec un titre d’argent variable (Le British Museum confirme les dires de F. Dumas et précise même que certains deniers d’argent autres que ceux du Trésor de Fécamp pouvaient dépasser le titre de 800‰.) qui oscillait entre 500‰ et 800‰.

Pouvoirs commercial, politique et religieux à travers le monnayage

Si l’on compare les deniers normands de Richard Ier, Richard II et Guillaume le Bâtard (pièces 2, 3 et 4), on s’aperçoit que leurs poids et titres restent toujours supérieurs aux deniers d’argent officiels, royaux. De plus, si l’on reprend l’affirmation de Ch. Moesgaard Jens (Moesgaard Jens Christian. « Monnaies normandes dans les régions baltiques à l’époque viking ». In : Revue numismatique, 6e série – Tome 161, année 2005, pp. 123-144.), «le monnayage argent des ducs normands sert de base dans les échanges entre les Normands et les peuples scandinaves». Des deniers immobilisés (qui ne varient pas en poids, taille et gravure) au type de Richard Ier (pièces n°2) et Richard II (pièce n°3) ont été retrouvés en Ecosse ainsi qu’au Danemark. Le chercheur explique que le denier normand per denarata présente une base sûre pour le change commercial.

L’historien L. Musset (Musset Lucien, « Sur les mutations de la monnaie ducale normande au XIe siècle : deux documents inédits ». In : Revue numismatique, 6e série – Tome 11, année 1969, pp. 291-293. Il confirme les propos de Poey d’Avant, auteur des monnaies féodales, T. 1, Paris, Editions Les chevaux légers, 2002, p. 17-33) confirme aussi cela. Il met en avant que l’usage du denier argent a été recquis pour la création de l’assiette de la taxation. Les ducs de Normandie obtiennent le droit de fouage ou monnéage, c’est-à-dire le droit de créer un impôt triennal de douze deniers par foyer, sous la condition unique que le denier ne soit plus altéré ni en poids, ni en titre. Cette non-dévaluation transforme le denier normand en valeur sûre pour le commerce. Il devient alors une monnaie de base pour le change de produits dans le cadre de relations commerciales intrabaltiques et interbaltiques.

En effet, entre les années 930-980, les structures du commerce en Europe du Nord changent, favorisant l’émergence d’une monnaie argent forte : le denier normand. Le commerce du Nord est basé sur l’échange de produits de luxe comme le vin et les textiles d’Occident contre des esclaves et des fourrures venus du Nord. Petit à petit, ce système du troc se monétarise grâce à l’apport des commerçants normands qui assurent une liaison constante entre les deux mondes : monde carolingien, héritier de Rome, et monde scandinave. Les sagas noroises relatent l’évolution des échanges entre les territoires méridionaux de la Baltique et ceux septentrionaux de cet espace maritime où les échanges commerciaux s’intensifient.

En parallèle de cette évolution tant commerciale que monétaire en Normandie, on assiste aussi à une lente évolution des rapports entre deux grandes autorités au sein du territoire normand. Le pouvoir politique ducal s’associe de plus en plus au pouvoir spirituel, copiant ainsi le modèle royal. La frappe de denier faisant la référence à un double monnayage associé entre l’autorité ducale et celle d’un monastère est courante. Cette association se révèle largement sur les revers et avers des deniers normands. Ainsi, il est courant de voir représenté sur l’aver,s le nom du duc et sur le revers, celui de la ville où se situe l’évêché ou l’archevêché. Le foisonnement des croix et des temples carolingiens montre le lien de plus en plus étroit entre Religion et pouvoir ducal.

Ainsi, l’archevêque de Rouen, Hugues de Cavalcamp (942-989) se fait représenter au revers du denier de Richard Ier (pièce n°5), son but étant de promouvoir son pouvoir politique sur la ville de Rouen, mais aussi son pouvoir religieux qu’il associe alors au pouvoir politique naissant des Ducs de Normandie.

Le denier de Richard Ier et de Hugues de Cavalcamp, permet de comprendre le lien de plus en plus ténu entretenu entre pouvoir politique, pouvoir religieux et, chose importante pour l’époque féodale, pouvoir commercial. En effet, l’archevêché de Rouen est aussi un centre commercial qui, grâce à la tonlieu (taxe religieuse sur les marchandises) et aux taxes prises sur les denrées vendues sur les marchés, devient un lieu d’échanges primordial. Le palais ducal de Fécamp (Renoux Annie, « Le palais des ducs de Normandie à Fécamp : bilan récent des fouilles en cours ». In Compte-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 126e année, N. 1, 1982. pp. 6-30. ), est richement décoré grâce aux taxes et revenus tirés des différents marchés et foires organisés sur le territoire normand, selon l’archéologue A. Renoux.

Ce même constat peut être réalisé si on regarde la décoration des chapelles et églises carolingiennes. Le développement des monastères et le mouvement d’évangélisation liés à la Réforme grégorienne conduisent à une mainmise de plus en plus importante des religieux sur les échanges commerciaux normands.

L’évolution de la monnaie des Ducs de Normandie montre que les Normands copient le type officiel pour le rendre méconnaissable. L’immobilisation des types royaux favorise donc l’émergence d’un type monétaire plus indépendant vis-à-vis du pouvoir royal. Le numismate érudit Poey d’Avant, dans son ouvrage, affirme cette volonté d’indépendance des monnaies locales face à une autorité royale en plein délitement.

Il présente les émissions monétaires normandes successives comme «une vile manière pour les ducs de Normandie de faire un acte de propagande pour asseoir définitivement leur pouvoir sur ce territoire de frontière». Cependant, si on regarde avec attention les émissions de Richard II et de Guillaume le Bâtard ou le Conquérant, duc de Normandie (pièce n°4) et ensuite, aussi roi d’Angleterre, on peut affirmer que les ducs de Normandie ont appliqué la même méthode que les autres comtes de la même époque et que les deniers normands ne sont en rien des formes «abatardies» des deniers carolingiens (Cf. Musset L, Dumas F, Moesgaard Jens Chr. ).

L’évolution des monnaies «à caractère carolingien» des Ducs de Normandie s’est déroulée sur une période d’environ un siècle de Guillaume-Longue-Epée, 927, à Guillaume le Bâtard, 1035.

Le monnayage normand carolingien est transformé au XIe siècle avec Guillaume le Bâtard, devenu Guillaume le Conquérant en 1066, qui introduit un nouveau type monétaire dit «féodal» copie du denier d’argent anglais : penny (pièce n°6). Ce denier royal utilisé en Angleterre l’est aussi dans le Duché de Normandie où il croise le denier ducal (pièce n°4) toujours en circulation.

En 1204, suite à une guerre (1194-1204) contre le Duc de Normandie Jean sans Terre (Geoffroy Plantagenêt épouse Mathilde d’Angleterre la fille d’Henri Ier, fils de Guillaume le Conquérant. Ils ont un fils Henri II Plantagenêt, qui est donc l’arrière-petit-fils de Guillaume le Conquérant. Geoffroy meurt laissant la régence à Mathilde et Etienne de Blois, cousin germain de Mathilde et petit-fils de Guillaume le Conquérant. Etienne évince Mathilde et le jeune Henri, futur Henri II qui se refugient en France. Adulte, Henri revient en Angleterre pour servir son cousin Etienne et le convaincre de le reconnaître comme son héritier légitime. Etienne meurt en 1154 et légitime par testament Henri II Plantagenêt. Jean sans Terre est le fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. Il est le frère de Richard Cœur de Lion, le roi d’Angleterre. Fin 1194, Richard qui avait été fait prisonnier au retour de sa troisième croisade est libéré. Il revient en Angleterre et envoie son frère en Normandie pour pacifier le Duché car les barons locaux sont divisés. Jean sans Terre prend le titre de Duc de Normandie le 6 avril 1199 après la mort de Richard. Le 27 mai 1199, il devient roi d’Angleterre.) devenu roi d’Angleterre, le Duché de Normandie échappe définitivement à la couronne anglaise. Il est annexé par le roi de France Philippe II Auguste qui impose sa monnaie royale (pièce n°7) inspirée de ses ancêtres capétiens.

 

Isabelle Lerquet

Remerciements à Régis Najac, au British Museum et au site CGB.

 

Monnaies et Détections, n°74, février-mars 2014, « Le monnayage carolingien des Ducs de Normandie », pp. 37-41
Numibec, n°4, avril 2014, « Le monnayage carolingien des Ducs de Normandie », p.20-27
Numismatique et Change, n°470, septembre 2015, « Le monnayage carolingien des Ducs de Normandie », p. 42-45

Banque de Québec 1818 – 1917

Au début de l’année 1818 des marchands et autres citoyens de Québec se réunissent à l’Hôtel Union afin de jeter les bases pour une banque commerciale en vue d’accommoder les commerçants et autres éventuels clients de Québec et de la région.  Par ce geste ces personnes imitent des citoyens de Montréal qui viennent de fonder une banque commerciale, soit la Banque de Montréal.

Parmi les promoteurs québécois notons : John W. Woolsey, James McCallum, John Jones, père et fils, Joseph Jones, William Price, François Languedoc, Philippe-Aubert de Gaspé, Charles Smith, John Goudie, Louis Massue, Jean Langevin et Henry Black.  Un projet d’association comprenant 25 articles est rédigé puis présenté à l’Assemblée Législative en 1818 afin d’obtenir une incorporation qui sera identifiée par une charte sous le nom de Banque de Québec.  Les promoteurs assurés d’obtenir leur document, redoublent d’ardeur dans leur projet en raison d’une rumeur sur la venue prochaine d’une agence de la Banque de Montréal dans la ville.  Les buts immédiats de la banque seront d’accepter des dépôts, négocier des lettres de change, de l’or ou de l’argent en barre et de vendre des effets ou des marchandises réellement engagés par des prêts.

On procède à l’engagement de Noah Freer, ancien secrétaire militaire, au poste de caissier et profitent de l’occasion afin d’ouvrir les registres de souscriptions au capital dès le 16 février 1818 dans les villes de Québec et de Montréal.  Au moment de la souscription, l’actionnaire donnait un premier 5% comme dépôt puis s’engageait à verser par tranches de 10% le restant de sa mise après un avis du bureau d’administration.  Dès que la somme de 3000 £ fut déposée, une assemblée des actionnaires fut convoquée pour le 7 septembre 1818 où seront approuvées les mesures prises par les administrateurs provisoires et pour procéder à la formation du premier conseil d’administration qui aura pour but de finaliser le projet et ouvrir la banque dans les mois suivants.  Un local fut loué dans un édifice de la rue Sault-au-Matelot et le papier-monnaie fut commandé en coupures de 3$ et de 10$ chez l’imprimeur Neilson, de Québec.  Il est à noter que quatre canadiens-français firent partie de ce premier conseil, ce qui démontra assez bien la représentation francophone en sein du conseil entre 1818 et 1837.  Par la suite de 1838 à 1917, cette représentation sera réduite à un seul membre.

Les derniers préparatifs complétés, la Banque de Québec ouvrit ses portes en octobre 1818 sans avoir obtenu l’incorporation demandée et qui arrivera que quelques mois plus tard et enfin la charte provinciale en 1822.  Il y avait déjà trois mois que l’agence de la Banque de Montréal opérait dans la ville.

Le projet d’incorporation mentionnait un capital autorisé de 100 000 £ mais pour les débuts, on se contenta d’un montant en capital versé beaucoup plus modeste.

Durant les premières années, les résultats furent satisfaisants et les directeurs conservèrent confiance en l’avenir.  En 1822 ou 1823, la banque doit déménager dans un autre édifice, soit celui de la Cie d’Assurance Feu de Québec, rue St-Pierre.  Le capital versé de la banque atteint les 51 000 £ et les actifs dépassent les 150 000 £ durant l’année 1824.  Le dividende versé se chiffre entre 6% et 7%.  Malgré tout, la banque de Québec demeure fragile et les crises ou perturbations économiques de différentes époques lui compliquent l’existence comme ce fut le cas entre 1834 et 1837 alors que le dividende est supprimé.  Les troubles politiques amenèrent même sa fermeture durant quelques semaines.  Malgré son caractère anglophone, la banque venait d’émettre du papier-monnaie en coupures de 12, 25 et 50 sous rédigé exclusivement en français et des jetons de cuivre aux valeurs de halfpenny et penny datés de 1837 et elle répétera l’expérience en 1852 avec d’autres jetons afin de pallier au manque de numéraire.  Les principaux actionnaires sont : Major Général Sir J.F. Fitzgerald, capitaine R.N. Bayfield, Moses Hart, Louis Fortier, Docteur Thomas Fargues, Charles Smith, la succession Jean Fortier, la Cie d’Assurance Feu de Québec et la Banque d’Épargnes de Québec.  En 1841, le capital versé atteint les 75 000 £ et augmentera graduellement pour atteindre le montant maximum de 100 000 £ en 1845.

 

Peu après la Banque de Québec connaîtra sa première ascension importante.  Les premières succursales sont ouverts aux Trois-Rivières, Qué. en 1853 puis à Toronto, Ont. l’année suivante.  À mesure que le besoin se fait sentir, le capital autorisé augmente et la charte obtenue en 1822, se renouvelle à tous les dix ans.  L’unité monétaire du pays devient officiellement « dollar » le 1er janvier 1858 bien qu’on la mentionnait depuis 1851.  Les chiffres du bilan de la banque sont alors de 991 530$ au chapitre du capital versé, 584 357$ de papier-monnaie en circulation, 375 000$ en dépôts acceptés pour des actifs & passifs de 2 200 000$.

En 1861 les administrateurs de la banque font l’achat d’une propriété de Henry Atkinson, angle des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre afin d’ériger leur propre édifice.  Ce terrain est agrandi par un deuxième achat de terrain, propriété du Gouvernement.  L’édifice projeté coûtera 46 000$ et sera exécuté d’après les plans de l’architecte Staveley, de Québec.  Durant la même année, on acquiert la Banque d’Épargnes de Québec, fondée en 1821 et qui donnera à la banque de nouveaux capitaux disponibles.

En 1868 à l’occasion de son 50e anniversaire de fondation, la Banque de Québec qui occupe depuis quelques années son nouvel édifice, possède près de 1 500 000$ comme capital versé, des dépôts au même montant pour des actifs de 3 400 000$ répartis dans ses sept bureaux dont six succursales.

La Banque de Québec prend beaucoup d’expansion dans les années qui suivent mais en 1875 sa progression est arrêtée par la crise financière.  Elle connait de graves difficultés et elle éprouve des pertes importantes entre 1876 et 1879 alors qu’elle doit puiser dans un fonds de réserve afin d’éponger des pertes.  Grâce à son capital, ses fonds et à son prestige déjà acquis, elle réussit à passer à travers de cette difficile période.

En 1885 s’amorce un développement industriel au pays, l’immigration vers l’ouest du pays, amènent la Banque de Québec à adopter une politique d’expansion dans cette direction du pays alors que la compétition bancaire devient de plus en plus forte au Québec et en Ontario.  Ses principales opérations regroupées dans le marché du bois, la construction maritime et les chemins de fer, se tournent maintenant vers de nouveaux domaines industriels et commerciaux.  La banque maintenait sa solide réputation grâce à ses clients et à ses actionnaires dont les principaux étaient : Sir Narcisse-F. Belleau, J.W. Henry, G.R. Renfrew, F. W. Ross, H. A. Ross, Charles Brochu, les successions C.-F. Langevin et James Hunt, la Cie d’Assurance Feu de Québec, la Corporation de la Cité de Québec en plus des autres importants actionnaires des Trois-Rivières, de Montréal et même d’Écosse et d’Angleterre.

Au début du 20e siècle, la banque possède un capital versé de 2 500 000$, secondé par un fonds de réserve de 700 000$, des dépôts approchant les 7 000 000$, des billets en circulation pour 1 500 000$ pour des actifs & passifs de 12 000 000$.  Le dividende se stabilise à 6%.  Ces chiffres sont légèrement supérieurs à ceux de sa rivale québécoise : la Banque d’Union du Canada alors que par contre la Banque de Québec possédait moins de succursales.  La banque voit au bien-être de son personnel et elle fonde en 1902 le fonds de pension à ses employés.  La banque se compare avantageusement à plusieurs autres institutions bancaires de sa classe.  Son papier-monnaie fut renouvelé régulièrement par les firmes British American Bank Co. puis American Bank Note Co. et à l’occasion du 3e centenaire de la fondation de la ville de Québec, elle émit certainement ses plus beaux billets en coupures de 10$ et de 20$.  Plus de 50 bureaux sont en opération dont un à Vancouver, C.B.  En 1912 les administrateurs voyant que le centre des affaires se dirige vers l’Ontario, décident de déplacer le siège social de la banque un peu plus vers l’ouest, soit à Montréal mais les assemblées générales annuelles continueront à se tenir dans la vieille capitale.

La guerre mondiale de 1914-18 amène une activité sans précédent au pays et au Québec.  L’industrie continue à se développer et les industriels doivent recourir aux banques et autres institutions pour financer leurs lourds investissement.  Les banques s’en ressentent et la Banque de Québec retire sa part.  Par contre, le gouvernement canadien impose des nouvelles taxes aux institutions financières afin de défrayer une partie des dépenses militaires.

C’est également la période où le « big five » bancaire prendre forme et qui fera disparaitre à peu près toutes les petites banques à caractère régional.  Certaines banques de ce groupe liquident tout simplement leurs activités tandis que d’autres s’intégreront aux banques les plus fortes.

En 1917 après plusieurs mois de réflexions, les administrateurs des banques concernées, soit la Banque de Québec et la Banque Royale du Canada, annoncent que les deux institutions se fusionnent suite aux consentement des actionnaires concernés et du Parlement canadien.

À ce moment la Banque de Québec avait un capital versé de 2 700 000$, un fonds de réserve de 1 000 000$, plus de 14 000 000$ en dépôts pour des actifs & passifs de près de 21 000 000$ à l’aube de son centenaire.

 

Consulter l’article Collection d’items de la Banque de Québec pour visualiser plusieurs articles relatifs à la Banque de Québec.

 

Biblio. :

Procès verbaux annuels de la Banque de Québec 1837-1916

Journal « Gazette de Québec » 1818-1837

Statuts du Parlement du Bas-Canada 1835

Bulletin de Recherches Historiques Vol. 44 P.-G. Roy

Journal « Montreal Daily Star » 30 mars 1893

The Shareholder, Montreal 1893

Standard Catalogue of Canadian Coins Tokens and Paper Money , by J. E. Charlton 1980

 

De la monnaie de l’empereur moghol Shah Jahan aux euros commémoratifs du Taj Mahal

Square Mohur or, de l’empereur moghol Shah Jahan

 

Roupie du règne de Shah Jahan (1627-1658), le bâtisseur du Taj Mahal, Empereur Moghol, Inde du Nord / Pakistan ; Diamètre : 20 mm ; poids : 11, 23 gr ; métal : argent.

Inscriptions persanes sur les deux côtés, avec le jour et le mois (mois de Sahrivar = 6ème mois du calendrier persan).

De 1526 à 1857, règne en Inde la dynastie moghole, une lignée d’empereurs musulmans.

Babour (Dynastie moghole babouride de 1526 à 1707 : Babour : 1526-1530 ; Humayun : 1530-1556 ; Akbar : 15561605 ; Jahangir : 1605-1627 ; Shah Jahan Ier : 1627-1658 ; Aurangzeb : 1658-1707), le premier empereur moghol était, par son père, un descendant du conquérant turque Rimor, et par sa mère, le descendant du conquérant mongol Gengis Khan.

Babour envahit le Nord de l’Inde par l’Afghanistan, bat le souverain de Delhi, le Sultan Ibrahim Lodi, en 1526 et s’établit aux alentours d’Agra où il fonde l’Empire Moghol sur les ruines du Sultanat de Delhi.

En 1627, son arrière-arrière-petit-fils, Shah Jahan (En 1638, il reconstruit une nouvelle capitale à Delhi.) succède à son père Jahangir, puis est proclamé empereur en 1628. Il réside à Agra, la ville la plus prospère et la plus richement décorée, de l’un des empires les plus étendus du monde médiéval.

Auparavant, vers 1608, Shah Jahan a rencontré Arjumand Bânu Begam, lors d’un banquet. Ils sont alors seulement âgés de 16 et 15 ans. Dès le premier regard, le prince et la jeune fille tombent amoureux. Ils ne se marient cependant que le 27 mars 1612. C’est un véritable mariage d’amour. La jeune fille, alors âgée de 19 ans, devient la troisième épouse de Shah Jahan et sa favorite. Elle prend alors un nouveau nom : Mumtaz Mahal qui signifie en persan «La Lumière du Palais».

Mumtaz Mahal est née en avril 1593 à Agra, dans une famille noble d’origine iranienne. Son père Asaf Khan III, est le frère de Nur Jahan, mère de Shah Jahan et épouse de Jahangir, le père de Shah Jahan. Elle est donc la cousine germaine de Shah Jahan.

Elle est renommée pour sa beauté et chantée par les poètes, de son vivant.

A partir de son mariage, Shah Jahan éperdument amoureux, qui est polygame selon la coutume musulmane, va devenir quasiment monogame.

Mumtaz Mahal accompagne son époux dans ses visites de l’Empire ainsi que dans ses campagnes militaires. C’est au cours de l’une de ces dernières, contre les Lodi dans le Dekkan, qu’elle meurt, à Burhanpur, en donnant naissance à son quatorzième enfant, le 17 juin 1631. Elle est inhumée temporairement dans les jardins de Zainabad à Burhanpur. Désespéré, Shah Jahan décide de faire construire près d’Agra, un mausolée, pour servir de tombeau et rendre hommage à la défunte : ce sera le Taj Mahal.

Le 11 décembre de la même année, Mumtaz Mahal est alors transférée et inhumée dans ce mausolée, bien que non achevé.

On raconte que Mumtaz Mahal, sur son lit de mort, aurait eu deux souhaits. Le premier – que son mari n’eut jamais d’autres enfants avec d’autres femmes – le second – que celui-ci fasse édifier un palais en souvenir de leur amour -.

Son époux décèdera le 31 janvier 1666, et sera inhumé à son tour dans le Taj Mahal auprès d’elle, selon la décision de leur fils, Aurangzeb. Aurangzeb est le troisième fils de Shah Jahan et Mumtaz Mahal. Son frère aîné, Dara Shikoh, était le successeur désigné. En 1657, Shah Jahan tombe malade. Aurangzeb en profite pour attaquer Dara qui perd et est tué. Aurangzeb prend donc le pouvoir en 1658. Ce musulman intégriste fait alors enfermer son père, jusqu’à sa mort en 1666, dans une tour du fort d’Agra qui donne sur le Taj Mahal. Les frères survivants d’Aurangzeb se rendent maîtres de territoires annexes. Commence alors la lente division de l’Empire moghol.

Le Taj Mahal

Le Taj Mahal qui signifie en persan «Palais de la Couronne» est un mausolée situé près d’Agra, sur la rive sud du fleuve Yamuna. Il est considéré comme un joyau de l’architecture moghole. Sa construction commence en 1631. L’inscription sur la grande entrée principale indique 1648 comme date de fin des travaux. Mais des incertitudes demeurent sur la date de fin de construction qui aurait pu aller jusqu’en 1654.

Ce magnifique et imposant palais est construit en marbre blanc, ce qui lui vaut le surnom de «La Perle blanche de l’Inde». Les plus grands architectes venus de Perse, d’Europe et de l’Empire Ottoman, ont été mis à contribution.

Le Taj Mahal mesure une centaine de mètres de large pour 56 mètre de haut. Sa coupole culmine à 137 mètres. Ce bâtiment est une des sept nouvelles merveilles du monde. Il aura fallu quelques 20 000 ouvriers et plus de 20 ans pour achever cet édifice.

Plus de 1000 éléphants sont employés pour transporter les matériaux : marbre blanc, jaspe, turquoise, malachite, lapis-lazuli, corail, cornaline, onyx, grenats, agate, cristal de roche, etc. environ 28 types de pierres fines ou ornementales polychromes ont été utilisées pour composer les motifs de marqueterie incrustés dans le marbre blanc.

Le monument se reflète dans l’eau. Le jardin qui mène au Taj Mahal reprend la description de la Plaine du Paradis donnée dans le Coran : quatre rivières d’eau, de lait, de vin et de miel qui aboutissent à un verger (ce verger sera détruit par les Britanniques).

Ce magnifique mausolée est protégé par l’UNESCO depuis 1983.

Cette histoire «d’amour éternel» laissa son empreinte dans l’imaginaire indien, surtout dans le nord de l’Inde et s’étendit par la suite dans le monde entier.

Jacques Guerlain créa en hommage à la princesse indienne, Mumtaz Mahal, son parfum Shalimar, élaboré en 1921, mais qui fut présenté en 1925 lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs de Paris, au Grand Palais. Ce parfum est toujours produit.

En 1992, Lady Di se fit photographier seule et triste, devant le Taj Mahal lors d’une visite officielle en Inde, rendant hommage à ce couple princier réuni même dans la mort et qui fait toujours rêver les foules.

La Monnaie de Paris, après avoir commémoré, dans la série consacrée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Grande Muraille de Chine en 2007, le Grand Canyon en 2008 et le Kremlin de Moscou en 2009, décida en 2010 de mettre à l’honneur le Taj Mahal indien, en créant une pièce tout à fait inédite, véritable œuvre d’art.

Cette monnaie de 1 kg d’or (titre : 900‰), de 85 mm de diamètre et d’une valeur faciale de 5000 euros, frappe médaille, Belle Epreuve, a été fabriquée à 29 exemplaires. Le dôme du Taj Mahal, représenté sur l’avers, est pavé de 68 diamants sertis un à un sur chaque pièce par le grand joailler français de renommée internationale : Cartier.

Le prix public de chaque pièce est de 100 000 euros !

Chacune de ces 29 pièces est une véritable prouesse artistique. Les maîtres graveurs de la Monnaie de Paris ont dû mettre en œuvre tout leur savoir pour dessiner et reproduire les courbes du palais indien. Les ateliers de haute joaillerie de la Maison Cartier se sont installés temporairement dans les locaux de la Monnaie de Paris pour le sertissage des 68 diamants du dôme, travail de haute précision. Les graveurs ont entrepris un long travail de recherche graphique pour la mise au point de l’avers de la pièce. Le maître-graveur a ensuite réalisé un plâtre pour révéler les reliefs du motif. A partir de ce plâtre, un gabarit en laiton a été conçu pour obtenir le coin qui laisse apparaître le modèle en creux.

La Maison Goyard, fournisseur reconnu et recherché par les plus grands Maharajas indiens à l’époque de leur splendeur, a été mise à contribution pour la fabrication d’un luxueux écrin pour cette pièce, mi monnaie – mi œuvre d’art.

Cette monnaie d’exception a été présentée en grande pompe à la Monnaie de Paris, fin novembre 2010, lors d’une belle cérémonie. Parmi les invités, l’ambassadeur d’Inde en France, Ranjan Mathai, était présent, ainsi que la Maison Cartier qui avait convié ses clients les plus importants. Au milieu de la salle d’exposition, sous une vitrine, trônait la première pièce de 1 kg d’or frappée pour l’occasion. Orient et Occident s’étaient mêlés pour créer une véritable œuvre d’art qui illustrait parfaitement les fastes et la magnificence de l’Inde des Maharajas et sublimait la passion des deux souverains Mumtaz Mahal et Shah Jahan.

Quatre autres valeurs faciales inférieures, frappe médaille, Belle Epreuve, ont été déclinées (sans diamants) : 99 exemplaires en or de 500 euros (920‰ ; 155,5 gr ; 50 mm), 1000 exemplaires en or de 200 euros (920‰ ; 31.04 gr ; 37 mm) ; 1000 exemplaires en or de 50 euros (920‰ ; 8,45 gr ; 22 mm) et 10 000 exemplaires en argent de 10 euros (900‰ ; 22, 2 gr ; 37 mm).

10 euros argent Taj Mahal

Ce magnifique mausolée est actuellement en péril. La pollution grandissante dans ce grand pays en plein développement qu’est devenu l’Inde, a commencé son œuvre destructrice.

 

 

Monnaies et Détections, n°76, juin-juillet, « De la monnaie de l’empereur moghol Shah Jahan aux euros commémoratifs du Taj Mahal », pp. 30-32

Numibec, n°1, janvier 2015, « De la monnaie moghol Shah Jahan aux euros commémoratifs du Taj Mahal », p. 5-9

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