Dollar canadien J.O.P

Lorsque l’on parle de dollar en argent, c’est une pièce impressionnante et depuis très longtemps les Canadiens désiraient obtenir de telles pièces.  L’Angleterre avait son Crown, la France avait eu son 5 francs durant plus de 80 ans, les États-Unis avait eu le Morgan dollar et maintenant son Peace dollar.

Le Canada tente d’obtenir une telle pièce en argent une première fois en 1911 mais le projet n’aura pas de suite même si quelques spécimens rarissimes furent fabriqués.  Vingt-quatre ans plus tard le dollar tant désiré arrive enfin en circulation soit en 1935.

Auparavant j’aimerais vous situer dans les contextes économique et social de l’époque.  Des signes avant coureur d’une deuxième guerre mondiale apparaissaient en Allemagne avec la montée du nazisme.  Au Canada le premier ministre Richard Bennett annonce des nouvelles réformes : une réduction d’heures de travail pour certains travailleurs, un salaire minimum en force et un système d’assurance pour les travailleurs en chômage, signes bien évident que le pays est en plein dépression.  Quelques mois plus tard Bennett sera battu à l’élection générale par William Mackenzie King.

L’année 1935 est également marquée par le 25e anniversaire du règne du Roi George V et de la reine Marie au trône d’Angleterre.  Au Canada, on se doit de souligner l’événement.  Le ministère des postes émet un magnifique timbre-poste rouge de 3 cents au début de mai, de son côté la Banque du Canada émet un papier monnaie d’une valeur de 25$, alors que la Monnaie Royale du Canada profite de l’occasion pour émettre un dollar d’argent.  Il avait été dessiné du côté de l’avers par Percy Metcalfe puis au revers par Emanuel Hahn.  Malheureusement quelques mois plus tard le roi décède d’une bronchite.

À cette période des dollars de 1935 arrivent en circulation avec les initiales poinçonnées J.O.P. sur le revers entre le canot et la date.  D’où venait ces dollars et qui désignaient-ils?

Un historien numismate : Larry Gingras de Vancouver donnera la réponse dans le bulletin de l’A.C.N. en septembre 1959.  Les poinçons sont ceux de Joseph-Oliva Patenaude, bijoutier de Nelson, C-B. mais il faut remonté vers 1920 pour connaitre toute l’histoire.

Un dénommé French travaillait en Colombie-Britannique depuis quelques années à mettre au point un procédé de raffinage de l’argent à des coûts plus bas que ceux qu’ils existaient à l’époque.  M. Patenaude accompagné de quelques autres citoyens de la province aidèrent financièrement au projet de M. French particulièrement où les premières rumeurs annonçaient l’arrivée des dollars d’argent.  Tous croyaient que l’utilisation de l’argent pour ces grosses pièces serait avantageux pour leurs placements mais malheureusement le projet sera contesté devant la Cour.  Monsieur French dut abandonner ses recherches devant une ordonnance de la Cour.  Monsieur Patenaude et les autres amis verront leur rêve s’envoler en fumée et devront assumer des pertes.  M. Patenaude sera même obligé de vendre quelques propriétés pour rencontrer des obligations.

Dès que les dollars de l’année 1935 arrivèrent en circulation, M. Patenaude s’en procura 1000 exemplaires sur lesquelles il fit graver ses initiales sur le revers entre le canot et la date avant de les distribuer à des amis et à des clients privilégiés de sa bijouterie afin de protester contre la décision contre le projet de M. French.  Monsieur Patenaude continua son stratagème sur d’autres dollars durant les années suivantes.

Il est certain que le Gouvernement du pays et la Monnaie Royale du Canada n’apprécièrent pas la détérioration des pièces.  Ils demandèrent aux banques locales de surveiller les agissements de Monsieur Patenaude et de retirer de la circulation les fameux dollars à mesure qu’ils étaient présentés à leurs guichets.  Ce dernier conservera sa bijouterie à Nelson, C-B. jusqu’en 1950 alors qu’il décédera en 1956 à l’âge de 85 ans.

Il semble que peu de pièces ont circulé selon la firme ICCS qui fournit des expertises sur des monnaies canadiennes.  Dans le Canadian Coins News du 13 novembre 2001 la firme mentionne que durant les années 1986 à 2000, ils avaient manipulés près de 10 000 pièces de dollars datée de 1935 à 1950 et que seulement 41 exemplaires J.O.P. avaient été aperçues.  Donc on peut affirmer que les dollars J.O.P. ne sont pas faciles à trouver.  J’aimerais ajouter que d’autres dollars ont été marqués par d’autres initiales depuis.  Notons des Dollars commémoratifs du Manitoba de l’année 1970 avec les initiales et dates G.A.N. / 1918-1970 sur l’avers sous le menton de la Reine.  Selon Stephan E.Dushnick dans son volume « Silver & Nickel Dollars of Canada », ce dernier mentionne que c’est un membre de la communauté arab de Vancouvert qui fit graver ces initiales et les dates pour souligner le décès de Gamal Abdel Nasser, président d’Égype décédé en 1970.  Du même pays, certains mentionnent que le roi Farouk aurait possédé un exemplaire du dollar de l’année 1911 dans sa collection.  Ce dollar aurait passé par la suite entre les mains de certains collectionneurs dont le millionnaire John L. Mackay-Clements, de Haileybury, Ont. et qui fut vendu par la suite en 1976 lors d’une vente à l’encan.

Lien intéressant : http://www.afko.ca/marionnettes-geantes-projet-2014-2015/joseph-oliva-patenaude/

Provenances des images

Canada dollar 1911 :  www.1911dollar.com

Morgan : https://coinvalues.com/morgan-silver-dollar/1888

5 Francs : http://acbon.pagesperso-orange.fr/u7_franc_10_cts.htm

25$ Canada 1935 : https://www.jandm.com/script/getitem.asp?CID=11&PID=148

La pièce de 20 cents de la Province du Canada

L’arrivée de la pièce de 20 cents en 1858 fut un échec.  Aujourd’hui cette monnaie impressionne mais elle le fut beaucoup moins au moment de sa sortie.  Elle attire maintenant les collectionneurs en raison de sa dénomination exceptionnelle mais que s’est-il passé depuis?  Avant de vous dévoiler quelques brides de son histoire, situons-nous dans le contexte de l’époque.  Les chemins de fer sont nouveaux, les locomotives à vapeur commencent à sillonner les campagnes pour établir un lien avec les principales villes du pays.  La course pour trouver de l’or s’effectue en direction de l’ouest de l’Amérique où bien des gens espèrent en trouver de grandes quantités.  Un journal de la Colombie-Britannique prêche l’annexion de cette colonie avec les États-Unis et près de 800 000 émigrants sont arrivés sur le territoire canadien durant les 40 dernières années.  Inutile de vous mentionner que ce fut une période de grandes transitions.

Durant les années 1850 la Province du Canada comprenait les territoires du Québec et l’Ontario et elle n’avait pas encore sa propre monnaie.  On se contentait des pièces étrangères comme celles des États-Unis, de l’Angleterre, de l’Espagne et autres sans oublier les nombreux jetons anglais et locaux.  La conversion de toutes ces pièces amenait un problème de calcul pour plusieurs et les Canadiens désiraient maintenant une unité monétaire identifiée à eux.  Bientôt d’autres colonies de l’Amérique manifesteront le même désir.

Image provenant de www.herodote.net

En juin 1851 les colonies du nord de l’Amérique se regroupent afin de faire pression sur l’Angleterre pour obtenir une unité monétaire en dollar.  Il s’agissait de la Province du Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.  Peu après l’Angleterre répond qu’elle est prête à donner suite à la demande mais avec un système axé autour de la livre sterling.  Ce n’est pas au goût des Canadiens car ici en Amérique en raison de la proximité des États-Unis et du commerce effectué avec eux, on désire aussi le dollar.

Vers 1855 afin de faire pression et d’accélérer la solution, la Province du Canada adopte une loi pour force les grandes institutions commerciales comme les institutions bancaires et les compagnies d’assurances à tenir simultanément une comptabilité dans leurs volumes avec les systèmes canadien et anglais.

Près de cinq ans plus tard après des discussions parfois très vives, une entente survient et le dollar devient l’unité monétaire pour la Province du Canada et pour les autres colonies de l’Amérique qui le désirait (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve et l’Ile du Prince Edouard).  La valeur du futur dollar de la Province du Canada sera fixée au pair avec les États-Unis.  Il est à mentionner que la livre anglaise équivalait à 5$ canadiens mais l’ancienne unité anglaise utilisée dans les colonies d’Amérique identifiée « Cours d’Halifax » équivalait à 20% de moins soir à 4$.  Voilà pourquoi les 4$ en sein de notre ancien papier-monnaie bancaire et du 20 cents au lieu du 25 cents.

Photo provenant de www.canadacurrency.com

La livre anglaise contenait 20 pièces de shilling équivalaient à nos pièces de 25 cents tandis que la livre anglaise « cours d’Halifax » contenait toujours 20 pièces mais équivalent à 20 cents.  Lorsque les premières monnaies furent frappées en Angleterre en 1858 pour la colonie, on reçut des pièces d’un cent, de 5 cents, de 10 cents et de 20 cents.  Un problème survint avec le 20 cents (750 000 pièces) qui était d’une dimension presque semblable au 25 cents américain et au shilling anglais mais d’une valeur moindre.

Les Canadiens pour diverses raisons avaient l’impression d’en avoir moins pour leur agent face aux pièces anglaises et américaines qui circulaient en grand nombre au Canada.  De plus pour plusieurs Canadiens de l’ancien Bas-Canada, l’effigie de la Reine Victoria sur l’avers des pièces n’était pas encore très populaire suite aux événements de 1837-1838.  Ayant l’intention de faire accepter les pièces par la population, le Gouvernement local fit de nombres efforts pour empêcher les monnaies américaines de circuler au pays.  Des courtiers furent engagés et recevaient une commission de 5% à 6% pour ramasser les pièces américaines afin de les retourner aux États-Unis (près de cinq millions de dollars furent retournés sur une période de quelques années).  De son côté, le Ministère des Postes en 1863 accepta le 25 cents américain qu’à une valeur de 23 cents et le shilling anglais à une valeur de 24 cents pour aider à solutionner le problème.

Ce sera qu’en 1870 que le problème sera résolu pour de bon avec une nouvelle émission de pièces canadiennes de 25 cents, imitant celle des États-Unis.  Pourtant les pièces de 20 cents étaient très belles tant sur l’avers que le revers.  Elles avaient été dessinées par Léonard C. Wyon et plus de 500 000 de ces pièces furent retournées à Londres vers 1885 pour la refonte.

Un fait cocasse est survenu peu avant.  Un ensemble unique de deux pièces (avers & revers) dans un magnifique coffret avait été présenté à la reine Victoria au moment de son émission mais il semble que la reine n’était pas numismate car en 1881 on retrouve l’ensemble en vente dans une firme spécialisée à Londres.

De nos jours la pièce de 20 cents n’est pas très rare mais sa demande au sein des collectionneurs est forte et sa valeur est plus élevée que d’autres pièces dont le tirage peut se comparer.  J’aimerais ajouter que le Nouveau-Brunswick a émis des pièces de 20 cents en 1862 et en 1864 et Terre-neuve entre les années 1865 et 1912.

Photo provenant de www.icollector.com

 

Photo provenant de www.icollector.com

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Le petit 5 cents en argent 1921

 

L’après guerre au Canada en 1918 amènera divers changements sur les plans monétaire et numismatique.  Mentionnons particulièrement la disparition de la grosse cent pour un format plus petit alors que dans une direction opposée, le petit 5 cents en argent sera remplacé par un gros cinq cents en nickel.

Jetons un coup d’œil sur l’actualité de l’époque avant de parler de ces changements.  Un nouveau parti politique « Progressiste National » est fondé par des agriculteurs ontariens et fait face aux Libéraux de Mackenzie King à Ottawa avant d’être battu à l’élection générale.  En cette occasion, une première femme, Agnès Macphail est élue député pour ce nouveau Parti au Parlement d’Ottawa.  La firme Colonial Motors de Walkerville (ontario) fabrique une première automobile canadienne et le célèbre voilier Bluenose est lancé en mars 1921 au coût de 35000$.  Il gagnera plusieurs compétitions durant l’année.

En 1919, le petit 5 cents en argent avec une teneur de .925 circulait au pays depuis 1858.  Sa dimension était de 15.50mm alors que son poids variait entre 1.16 et 1.17 grammes.  Depuis quelques années soit 1911 l’effigie de George V ornait l’avers tandis que la couronne anglaise et les guirlandes de feuilles ornaient son revers, oeuvre de Bertram MacKennal.

Effigie de George V sur l’avers et la couronne anglaise et les guirlandes de feuilles sur le revers.

En 1920 sa teneur en argent est réduite à .800 ce qui sera un prélude à des changements.  Des discussions sont alors entreprises en vue de remplacer ce 5 cents d’argent par une nouvelle pièce composée de nickel.  Les raisons invoquées sont sa manipulation difficile causée par ses dimensions sans oublier sa facilité de le perdre, son usure rapide en raison de sa faible épaisseur et la principale raison, soit la dernière hausse des coûts du métal argent.  On prévoyait le remplacement de la pièce durant les mois à venir mais des difficultés majeures surviennent.

Il faut se rappeler qu’aux États-Unis le 5 cents en nickel circulait depuis 1866 avec un certain succès. De son côté le Canada tenait beaucoup aux pièces en argent et il le prouva jusqu’en 1920 malgré les inconvénients déjà mentionnés.

Par contre la firme The International Nickel of Canada incorporée en 1916, débuta ses opérations en 1918 à Port Colborne (Ontario) alors que la guerre tirait à sa fin.  Les débouchés pour ses quelques produits étaient devenus difficiles à écouler.  Le Gouvernement avec ses nouvelles décisions concernant la monnaie, voyait du même coup une participation à la relance de l’usine devenue presque moribonde mais qui ne l’empêchera pas de fermer quand même durant 12 mois en 1921-1922.

On avait le métal nickel en grande quantité au pays mais on réalisa que la fameuse usine de Port Colborne n’avait pas l’équipement nécessaire pour fabriquer rapidement des flans pour les nouvelles pièces.

On fit des recherches vaines par tout le pays et on dut se résoudre de confier le contrat des flans à un fabriquant américain.  En attendant, la Monnaie Royale du pays fit des efforts en 1920 et début de 1921 pour diminuer la quantité des monnaies d’argent en réserve déjà dans les voûtes et la nouvelle production de l’année mais les besoins au pays étaient à peu près nul.  Pendant ce temps la Monnaie Royale de Londres qui travaillait à la fabrication des prototypes reçut ordre de les millésimer avec la date de 1922 devant les retards qui s’accumulait et la grande quantité de pièces encore disponibles dans ses voûtes.

Subitement en mai 1921 une loi est votée par le Parlement pour mettre fin immédiatement à l’émission des pièces de 5 cents en argent.  La Monnaie Royale n’avait pas distribué au pays des pièces de 5 cents durant l’année 1921 mais avait vendu aux visiteurs qui visitaient l’édifice de la Monnaie quelques ensembles des monnaies de l’année et quelques centaines de petits 5 cents en argent.

Lorsque au début de l’année 1922 les pièces de 5 cents en nickel 100%, d’un diamètre de 21.21mm, furent prêtes, on commença à les mettre en circulation.

Dans les mois qui suivirent, on rassembla les pièces restantes de 1920 puis la nouvelle production de 1921 dont plus de 2 582 000 petits 5 cents et plus de 206 300 pièces de 50 cents pour les envoyer au creuset pour la fonte.

Aujourd’hui on évalue à 400 pièces les 5 cents 1921 qui furent sauvés de la fonte et peu importe leur condition, elles sont toutes des valeurs sûres.

 

 

Biblio : Canadian Coin News 27 nov. 2000